Association pour l’Histoire de l’Administration des Douanes

L’uniforme des douaniers de Napoléon

Mis en ligne le 1 mai 2021

Préposé et officier de la Régie des douanes

 

Les agents de la Ferme, ancêtres de la Régie des douanes, ne sont pas dotés d’un véritable uniforme. Il faudra attendre l’arrêté du 25 Pluviose An 8 (14 février 1800), pour que les agents des douanes s’en trouvent .

 

Encore que l’arrêté ne se trouve guère disert sur la question. Il prévoit que les agents de la régie qui se trouvent armés pour l’exercice de leurs fonctions sont tenus au port de l’uniforme, à leur frais. La description en est relativement sommaire : habit de drap vert avec revers, collet montant et rabattant, paremens (sic) formés de trois boutons, poches de travers garnies de trois boutons , gilet rouge et culotte verte. Les boutons sont jaunes et portent la mention « République française / Douanes nationales ».

 

Les officiers se distinguent des préposés par le port d’un collet jaune.

 

L’uniforme se retrouve rapidement modifié l’année suivante par l’arrêté du 7 frimaire An 10 (28 novembre 1801). Les modifications sont néanmoins mineures. Le gilet devient blanc ou vert, le pantalon et la culotte demeurent vertes.

 

L’arrêté de l’An 10 introduit néanmoins plusieurs distinctions en fonction du grade du porteur :

 

  • – le directeur général porte un habit avec broderies en argent au collet, aux parements, aux pattes et autour des poches et double baguette autour de l’habit. Son gilet comme sont pantalon sont brodés ;-
  • – les administrateurs ne portent que des « broderies simples » et une seule baguette autour de l’habit et sur le gilet, leur pantalon est uni ;
  • – le secrétaire général et les directeur de département ne porte plus de broderie qu’au collet, aux parements et à la patte des poches ;
  • – les inspecteurs portent des broderies au collet et aux parements ;
  • – les receveurs principaux portent un galon double au collet et aux parements.

 

Ces personnels portent le chapeau français.

 

Les autres agents se distinguent par une série de galons au collet aux parements :

 

  • – contrôleurs aux visites :  galon double au collet et simple aux parements ;
  • – receveurs particuliers : galons simples au collet et aux parements ;
  • – commis à la navigation : galon double au collet ;
  • – commis aux déclarations : galon simple aux parements ;
  • – visiteurs : galons simples au collet et aux parements ;
  • – sous-inspecteur et receveur principal
  • – employé de bureau : habit uni ;
  • – contrôleurs de brigades : galon simple au collet et double aux parements ;
  • – capitaines : galon double aux parements ;
  • – lieutenants principaux et d’ordre : galon simple aux parements ;
  • – lieutenants : deux boutonnières au collet en galon argent, auxquels seront assimilés les lieutenants de brigades à cheval (arrêté du 26 mai 1802/ 26 prairial An 10) ;
  • – sous-lieutenant : deux boutonnières à chaque parement.

 

Sous-inspecteur et receveur principalemployé de bureau : habit uni ;;

 

Ces agents portent le chapeau à la française.

 

Oublié, le grade de sous inspecteur est défini quelques jours plus tard par l’arrêté du 20 décembre 1801 (29 frimaire An 10). Il se définit par une broderie sur le collet.

 

Très certainement pour des questions de finances, l’Administration constate que « dans quelques directions, des employés sont sans uniforme, ou ne le portent que rarement« . En conséquence, « ils ont éprouvé des obstacles dans les opérations dont ils étaient chargés ».

 

En conséquence, elle demande à ses directeurs de « tenir exactement la main à ce que les préposés des deux services soient revêtus de leur uniforme ».

 

Les échanges avec les militaires étant nombreux – de par le passé d’un nombre important d’agents mais également les missions, quasi militaires, confiées aux douaniers – l’uniforme suit les évolutions de la mode militaire.

 

La seconde édition de « Législation des douanes de l’Empire français » de Dujardin-Sailly (1812) mentionne que l’habit ne se porte dorénavant plus croisés mais droits, « dans la forme de l’uniforme des lycées » mais échancrés de manière à laisser apercevoir les poches de la veste et à ce que les pans puissent être retroussés. Le collet, montant, ne se rabat plus.

 

Changement de régime oblige, les boutons portent la mention « Douanes impériales » et les retroussis figurent chacun un aigle.

 

Encore que, pour des questions budgétaires, les changements ne sont pas immédiats. Une décision du 24 mai 1813 mentionne ainsi, parmi certaines règles comptables, que « les schakos ne seront adoptés qu’au fur et à mesure du renouvellement des chapeaux, il en sera de même des autres changements« .

 

 

 

Douaniers du Rhin, 1812/13 (E. Fort d’après plusieurs gravures)

L’armement des agents se veut lui aussi peu à peu normalisé : sabre briquet, fusil de calibre mousqueton, baudrier et giberne de l’infanterie. L’armement étant hétéroclite, il est précisé que les fusils seront progressivement mis à la bonne taille ou échangés par les bons de Masse.

 

Officiers supérieurs de la Légion de Hambourg, 1813. On y distingue le liseré garance, fantaisie à l’origine d’une légende tenace.

Une description, non sourcée, mentionne pour la même date (1812), les singularités des agents des douanes à cheval : bottes à la hongroise, liseré blanc au collet et trèfle sur l’épaule gauche, gilet vert à tresses blanches, culotte verte avec ganse et noeud blancs, porte giberne et ceinturon blanc du modèle des chasseurs à cheval.

 

La tenue des agents des douanes sous l’Empire donnera lieu à de nombreuses fantaisies. Les nombreuses adaptations du règlement qui règnent dans les régiments, où fleurissent parfois des attributs et ornements non réglementaires, y incitent les agents. L’espacement des directions, qui s’étendent sur l’ensemble du territoire de l’Empire – qu’on pense à la France des 130 départements – contribue à ce phénomène. C’est ainsi que les douaniers stationnés à Hambourg arboreront un liseré garance sur le pantalon, qui sera à l’origine de la légende d’une Légion d’honneur attribuée à la légion des douanes d’Hambourg.

 

Cavalier des douanes, 1812

De manière plus concrète, une circulaire du 28 décembre 1813 montre que nombreuses sont les interrogations sur la tenue qui se posent dans les directions. On y demande ainsi si le baudrier noir peut être substitué au baudrier blanc ou si les préposés de ville peuvent arborer la tenue des sous-lieutenants de campagne. De la même façon, on sollicite la possibilité de faire apposer un liseré blanc sur les habits. A chaque fois, c’est une réponse négative et tranchée que la direction générale apporte (« il faut supprimer les baudriers noirs partout où ils existent ! » / « supprimer le liseré blanc partout où il existe »). On peut penser que certaines fantaisies ont pu perdurer, loin du contrôle d’une direction générale exerçant difficilement un contrôle sur de tels détails.

 

L’uniforme étant un fort marqueur politique, la fin de l’Empire impose des changements rapides de tenue. Une circulaire du 17 septembre 1815 précise ainsi qu’il est constaté que certains agents refusent d’arborer la cocarde blanche. Le directeur général sollicite en conséquence l’encadrement de « purger les Brigades de ces hommes indociles et raisonneurs ».

Tambour et préposé, vers 1813.

 

L’uniforme général de l’Empire subsistera néanmoins dans sa coupe jusqu’en 1830, qui verra notamment l’apparition du pantalon bleu à liseré rouge. Bien après une légion d’honneur jamais décernée à la légion de Hambourg !

 

 

 

Xavier RAUCH

 


 

Note; Toutes les illustrations sont issues des gravures d’Ernest Fort (notre article), à l’exception de celle du « Cavalier des douanes » de Vallet.

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