Association pour l’Histoire de l’Administration des Douanes

Les secrets du bureau de douane d’Habkirchen-Frauenberg à la frontière franco-allemande

Mis en ligne le 1 février 2019

…Ou la reconversion réussie d’un ancien bureau en musée de la douane.

 

Habkirchen en Allemagne, non loin de Zweibrücken (Deux-Ponts); Frauenberg en France, village limitrophe de Sarreguemines.

Le cadre géographique de l’aventure singulière d’un bureau de douane est posé : la Moselle-est.

Nous sommes au cœur du bassin minier et sidérurgique sarrois et mosellan, une terre fertile en ressources naturelles, labourée par tous les conflits de territoires, partagé entre les influences françaises et germaniques depuis le partage de l’empire de Charlemagne.

 

La région est connue par de nombreuses générations de douaniers français et allemands. Combien appréhendaient l’affectation à Grosbliederstroff ou Sarrebrück- Brême d’or ?

Qui ne se souvient des points de contrôle de Petite-Rosselle, de Creutzwald, de Forbach-Gare, ainsi que des nombreuses Brigades Touristiques implantées dans ce secteur ?

 

Terrain d’intérêt militaire et économique, ce fut en effet aussi le théâtre de nombreux déploiements douaniers.

Au-delà de sa propre histoire, le bureau d’Habkirchen- Frauenberg illustre avec richesse les évolutions politiques et économiques de cet espace.

Aujourd’hui reconverti en musée par un ancien «Zöllner», Manfred NAGEL, ce lieu nous livre également quelques secrets qui représentent un grand intérêt tant sur le plan douanier qu’historique…

 

 

1648 – 1815 : des ruines de la Guerre de Trente Ans à la suprématie du Saint Empire, un «point de passage douanier»

 

Situation géopolitique

 

Au début du XVI e siècle, ce qui deviendra le département de la Moselle en 1790 juxtapose divers fragments de multiples «Etats» (princiers, ecclésiastiques, urbains) qui se partagent alors l’espace lorrain.

Les puissances en présence sont principalement l’évêque de Metz, le duc de Lorraine Charles IV, et les seigneuries germaniques de la Leyen à Blieskastel et de Nassau Saarbrücken à Sarrebruck.

Les comtes de la Leyen, possesseurs de la seigneurie de Blieskastel sont inféodés au Prince électeur de Trèves.

 

Au sein du duché de Lorraine, le bailliage d’Allemagne constitue la partie la plus à l’est et regroupe les populations allemandes autour des bourgades de Bouzonville, Boulay et Sarreguemines. (Voir figure 1).

 

Figure 1 : carte administrative de la frontière Sarre – Moselle vers 1720

 

 

 

Une précision s’impose : ces divers territoires, malgré l’enchevêtrement de possessions et de sphères d’influences françaises ou allemandes, temporelles ou spirituelles, ont pourtant le même statut politique : ils relèvent du Saint Empire romain germanique, le «Heilige Römische Reich Deutscher Nation».

 

Ducs, évêque, magistrat urbain ont pour suzerain l’empereur et doivent contribuer aux dépenses communes du Reich, assister dans leurs collèges respectifs aux diètes d’Empire, soumettre l’appel de leurs jugements au tribunal d’Empire de Spire.

Razzié par les Lorrains, Français, Espagnols et autres soldats impériaux pendant la Guerre de Trente Ans (1618-1648), l’espace mosellan et sarrois est alors exsangue.

 

Le bailliage d’Allemagne perd 80% de sa population. Au fil de cette lourde épreuve, la France crée un Parlement à Metz (1633) et soumet au Reich sa souveraineté de fait sur la cité lorraine.

Après les traités de paix entre le royaume français et les comtes sarrois du Saint Empire, l’espace est divisé entre possessions du Roi de France et maintien des structures féodales germaniques.

L’intérêt économique et militaire français dans la région s’affirme à Sarrelouis, cité administrative et place forte militaire qui porte le nom du roi Louis XIV.

 

Ce côté français suivra les évolutions politiques du royaume, notamment pendant la Révolution de 1789.

Côté sarrois, les structures féodales vont subsister plus longtemps.

 

Le duché de Lorraine, entre observance du colbertisme douanier et particularisme local.

 

Si l’on doit à Colbert d’avoir tenté le premier de mettre l’instrument douanier au service du développement de l’activité industrielle et commerciale de la France, le tarif douanier publié en 1664 se heurte aux résistances locales, notamment dans ces contrées de l’est du royaume, où le tarif connaît une application adaptée aux particularismes régionaux (Faut-il déjà employer le terme de douanes pour souligner la pluralité de pratiques douanières en France?).

Il convient également d’ajouter que le duché de Lorraine, bien qu’indépendant sur un plan politique -si ce n’est durant l’intermède de rattachement à la couronne française de 1681 à 1697- accueille la Ferme générale du roi de France sur son sol.

 

Le duché de Lorraine dispose toutefois de ses propres réglementations douanières. Celles-ci n’en demeurent pas moins fortement inspirées des principes du Colbertisme, et n’en constituent que des aménagements locaux. Des exemples d’Acquit-à-caution exposés au musée d’Habkirchen, datant de 1723 et imprimés à l’en-tête des ducs de Lorraine & Barrois (Bar-le-Duc), illustrent cette dualité (Voir figure 2).

 

Figure 2 : Acquit-à-Caution des Ducs de Lorraine datant de 1723

 

 

D’une part, ils appliquent les principes du régime du transit édictés par Colbert dans son ordonnance de 1687; la présence royale est remarquée en préambule : « Commis & Gardes employés ès Fermes de Son Altesse Royale en Lorraine & Barrois, … ».

D’autre part, ces imprimés sont établis en deux exemplaires, l’un français et l’autre en langue allemande.

Ce sont les ancêtres des titres de transit douanier actuels ou des acquits- à-caution longtemps utilisés en matière de contributions indirectes.

Ils représentent à fortiori les marques d’un espace très tôt imprégné d’une double culture.

 

Les premiers bureaux et tarifs douaniers de la seigneurie de Blieskastel

 

Habkirchen et Frauenberg n’ont pour l’instant pas de destinée commune, il est beaucoup trop tôt pour parler de bureau juxtaposé.

A Habkirchen, les comtes de la Leyen érigent tout d’abord une «Zollstation» ou «point de passage de douane» pour protéger économiquement la seigneurie de Blieskastel.

 

Le terme du «Zollamt» ou bureau de douane n’y est pas encore usité.

 

Le premier tarif douanier recensé dans les archives du musée de la douane d’Habkirchen date du 3 octobre 1669. Carl Kasper, Prince Electeur de Trèves en est le signataire.

Ce tarif douanier est encore établi sous forme manuscrite. C’est en 1711 que le premier tarif douanier imprimé apparaît (en langue allemande et en caractères d’imprimerie gothiques). (Voir figure 3)

 

Figure 3 : Tarif douanier de la seigneurie de la Leyen (1723)

 

 

Cet ouvrage ne compte alors qu’un seul feuillet et ne détaille que 28 produits soumis à des droits de douanes.

Toutefois, son caractère n’en demeure pas moins strict et solennel: tout passage de marchandise ou de personne doit être déclaré au point de passage douanier.

En cas de non respect de cette obligation, le contrevenant s’expose à la confiscation des moyens de transport (à l’époque essentiellement chevaux, calèches) et de toutes les marchandises transportées.

Enfin, il est conclu que : « La fraude est portée devant le fisc seigneurial par procès- verbal ».

 

Les produits taxés ne sont pas classés selon un ordre alphabétique ou comme actuellement selon une famille ou un secteur économique, mais plutôt par ordre de valeur : vin, bière, eaux-de-vie, céréales, animaux, sel.

Il faut remarquer qu’à l’époque, – détail peu glorieux mais significatif – le juif est considéré comme une marchandise soumise à droits de douane : « von eines jeden Juden Seel : ein Albus», ce qui signifie : « d’une âme de juif, un Albus ».

 

La monnaie en vigueur est le Gulden (appellation germanique du Florin, qui s’est d’ailleurs prolongée aux Pays-Bas jusqu’à l’avènement de l’euro), divisé en Albus, eux-mêmes subdivisés en Pfennigs.

Les ordres de mesure quantitative sont très approximatifs, comme par exemple : «un chargement plein, un fût, une corbeille pleine (…). »

Peu à peu, ce tarif propre à la seigneurie de Blieskastel s’étoffe.

 

En 1778, il comporte 18 pages ainsi qu’une classification alphabétique des produits soumis à des droits de douane.

Beaucoup plus nombreux, les produits sont également plus fortement taxés.

A titre d’exemple, les plus fortes taxations sont établies sur les eaux-de-vie ainsi que sur les huiles végétales (3 florins 10 albus pour 1000 litres).

En 1766, le roi de France Louis XV hérite de la Lorraine, suite à la mort de son duc Stanislas Lesczcynski.

Un nouveau traité est signé en 1781 entre les comtes de la Leyen et le Roi de France. Il redéfinit le partage des territoires dans ce pays frontalier de Sarre et Moselle.

La frontière actuelle repose d’ailleurs toujours sur cet acte.

 

1816-1871 : la montée en puissance du bureau de douane d’Habkirchen s’effectue sous l’administration du royaume de Bavière

 

L’avènement du Royaume de Bavière dans la région

 

La Révolution française réalise de manière radicale l’unification des pratiques douanières qui n’avait pu être effectuée par les plus grands ministres royaux.

Sous la période napoléonienne, l’importance de la Douane, ses pouvoirs et ses effectifs ne cessent de croître.

La Sarre devient terre d’expansion vers les territoires du Rhin puis du Nord de l’Allemagne.

 

De nouvelles directions douanières napoléoniennes sont implantées.

Chargée du Blocus continental, la douane dispose dans l’Empire de 40000 agents en uniforme, ainsi que de pouvoirs et juridictions aux exceptionnels pouvoirs.

Le bureau d’Habkirchen appartient désormais à l’un des départements de Rhénanie occidentale.

Les réglementations douanières sur ces territoires germaniques reposent sur les principes édictés par l’administration impériale.

 

Figure 4 : extrait du registre du commissariat gouvernemental dans les 4 nouveaux départements du Rhin de l’ouest (1798)

 

 

L’ « extrait du registre du commissariat gouvernemental dans les 4 nouveaux départements du Rhin de l’ouest » (Figure 4) y instaure le 21 Frimaire de l’An 7 (21 décembre 1798) les droits de passage ou péages de douane.

Il précise que ces péages doivent être libellés dans les deux langues et servir à l’entretien des routes.

Après les défaites napoléoniennes et la chute de l’Empire, un nouveau partage redéfinit les rôles dans l’espace Sarre-Moselle.

Le Traité de Paris de 1815 marque l’avènement du Royaume de Bavière dans la région.

 

Celui- ci s’est étendu à l’ouest de Munich et Ulm, et rassemble le Palatinat, le pays de Bade et une partie de la Sarre, ainsi que l’ancienne seigneurie de Blieskastel à partir de juillet 1816.

Dans le même temps, la puissance prussienne réalise peu à peu l’unité de l’Allemagne. Elle récupère la plus grande partie de la Sarre, jusqu’à Sarrebrück et Sarrelouis.

 

La formation d’un véritable bureau de douane à Habkirchen

 

Le point de passage douanier d’Habkirchen devient un «bureau» de douane proprement dit.

Il dispose en effet de locaux plus spacieux, ainsi que d’un entrepôt sous douane. (Voir Figure 5).

L’organisation du bureau se structure rapidement et comprend déjà un service de visite et un service des écritures.

En 1829, Habkirchen a le rang de «Zollamt», bureau de douane.

 

Figure 5. Bureau de douane d’Habkirchen

 

 

Au même titre que le bureau de Zweibrücken, qui de par sa plus grande importance est un «Oberzollamt» (recette centrale), le bureau d’Habkirchen relève directement de la Division des douanes, située à Kaiserslautern.

 

Pour compléter la typologie des implantations douanières, deux structures plus légères doivent être mentionnées, la «Zollstation», bureau de moindre importance en termes de flux ou de compétences, ainsi que la «Nebenzollstation», sorte d’antenne des douanes.

Plusieurs grades sont alors recensés dans le bureau d’Habkirchen, soit par ordre hiérarchique : «Obergrenzcontroleur», chef de subdivision; «Zollverwalter», receveur, le terme allemand décrivant plus fidèlement son double rôle de chef du bureau et de chef de la caisse; «Zollcontroleur», contrôleur des douanes; «Amtsdiener», employé du bureau, ce qui correspond plus ou moins au grade d’agent de constatation.

 

Max Josef Weizenberg, un douanier peu ordinaire du bureau d’Habkirchen

 

Figure 6 : Max-Joseph Weizenberg

 

Après son arrivée dans la région au bureau de Sankt Ingbert, un certain Max-Josef Weizenberg intègre l’effectif du bureau d’Habkirchen.

Ce personnage marque les habitants par sa haute prestance et son train de vie exceptionnellement élevé pour un douanier, ce qu’atteste sa daguerréotypie (voir Figure 6).

 

Il n’est pourtant pas receveur, mais «Zoll- controleur».

Les archives du musée de la douane d’Habkirchen font état d’un curriculum vitae peu commun.

Il est né en 1802 à Salzbourg d’une mère portant le titre de «Freifrau» (baronne) et d’un père dont il n’est cité que la profession, celle d’officier de l’armée bavaroise.

 

Tout laisse à penser qu’en réalité, son véritable géniteur était un noble de bien plus haut rang.

Les archives indiquent aussi que durant sa jeunesse et jusqu’à l’âge de 12 ans, il fut placé sous la tutelle d’un «Rechnungsrat», receveur principal des finances du Royaume de Bavière.

Sa correspondance avec son ex-tuteur témoigne qu’une fois en poste à Habkirchen, ce personnage va entreprendre des recherches sur ses propres origines paternelles.

 

Pour toute réponse, l’administrateur royal lui signifiera qu’il ne connaît rien de son ascendance.

Les mémoires locales se souviennent bien de ce personnage, différent des autres douaniers.

 

De surcroît, il était fréquemment approvisionné par une calèche portant des armoiries, fait suffisamment rare pour cette bourgade frontalière pour retenir l’attention de ses habitants.

 

Ils avaient même pris l’habitude de nommer les enfants du douanier Weizenberg, «les Princes»…Ces armoiries seraient-elles celles du roi de Bavière?

Le père de notre personnage serait-il le Roi de Bavière en personne, se prénommant d’ailleurs aussi Max Josef ?

Les indices collectés par le conservateur du musée de la douane d’Habkirchen tendent à le démontrer…

 

Le passage de Karl Marx au bureau de douane d’Habkirchen

 

Autre fait historique d’importance, l’épisode du passage d’un docteur en philosophie titulaire d’un passeport français établi au nom de «Charles MARX»!

Cet acte, dont une copie est conservée au musée, est établi le 30 mars 1848 par la Police générale.

La mention «du royaume» est barrée, car le nouveau régime républicain n’a pas eu le temps de modifier les imprimés utilisés sous la Restauration monarchique de Louis Philippe.

 

Ce passeport, rédigé à Paris, reprend le signalement de l’homme : âgé de 29 ans, cheveux noirs, front haut, sourcils noirs, yeux noirs, bouche moyenne, barbe noire, menton rond, visage ovale, teint brun, pas de signes particuliers.

Le texte précise : « Nous, Préfet de Police, invitons les autorités civiles et militaires à laisser passer et librement circuler de Paris à Berlin par Mayence le Dr Marx Charles.

Profession : docteur en Philosophie, natif de Trèves et demeurant à Paris, et à lui donner aide et protection en cas de besoin ».

 

Il s’agit bien du fondateur du communisme, Karl Marx.

L’année passée, en 1847, il séjourne à Londres en compagnie d’Engels à l’occasion du premier congrès de la Ligue communiste, où il est chargé de rédiger un manifeste.

Pourchassé en Prusse par un mandat d’arrêt, expulsé de Belgique, il rejoint en effet Paris en 1848.

 

De là, il cherche à rejoindre Cologne où il doit y proclamer un texte fondateur, le fameux Manifeste du Parti Communiste, qui vient de paraître à Londres.

L’année 1848 est enflammée en Europe, et les manifestations et soulèvements révolutionnaires menacent à tout moment de faire s’embraser le vieux continent.

C’est armé de cette fausse identité française (il naît à Trèves en 1818, soit trois ans après la capitulation napoléonienne; Trèves est alors en Prusse rhénane) qu’il entreprend son périple.

Le passeport retrace le parcours suivi par Marx. Les nombreux tampons de police jalonnent les étapes de son voyage.

Il passe Châlons-sur-Marne, Verdun, et atteint rapidement Metz. Une fois en Lorraine, sa route se complique…

 

Il souhaite prendre la voie la plus courte vers Cologne, par Sarrebrück.

Son entourage dans la région l’avertit du danger qu’il encoure; il est en effet attendu par les services douaniers prussiens, alertés de sa probable venue.

Il choisit alors de faire un léger détour par la frontière bavaroise, quelques kilomètres à l’est.

 

Il passe ainsi le bureau de Habkirchen le 7 avril 1848 sans y être inquiété.

Le lendemain, il est déjà à Mayence. Il poursuit son chemin jusqu’à Bingen puis emprunte le bateau à vapeur jusqu’à Cologne.

Il ne lui reste alors plus qu’à y prononcer son discours fondateur dans la salle du «Gürzenich».

 

La biographie de Marx précise aussi qu’il va diffuser ses idées depuis Cologne, où il devient rédacteur en chef de la Nouvelle Gazette rhénane (Neue Rheinische Zeitung), organe démocratique révolutionnaire.

L’histoire du communisme n’aurait donc peut-être pas connu la même destinée si la route de «Charles» Marx n’avait été entravée lors de son passage à Habkirchen !

 

La douane à Habkirchen au XX e siècle : des guerres mondiales à la réconciliation

 

Entre 1871 et 1918, les frontières sont déplacées sur la ligne des Vosges et en Meurthe-et-Moselle, notamment entre Avricourt, Novéant, Arnaville et Mars-la-Tour… le bureau d’Habkirchen est mis en sommeil.

 

C’est la première annexion de la Moselle à l’Empire Prussien.

A l’issue du premier conflit mondial, c’est à la Sarre d’être rattachée économiquement à la France.

Dans le domaine politique, c’est la SDN (Société Des Nations) qui gère cette zone.

Les frontières sont donc repoussées et la douane à Habkirchen n’est plus…

 

Jusqu’en 1935, avec l’avènement du IIIème Reich et le retour de la Sarre à l’Allemagne nazie.

Avec le Reich hitlérien, l’administration des douanes réintègre avec plus de vigueur le rôle qui lui était anciennement dévolu.

Son caractère paramilitaire est plus affirmé et ses effectifs augmentent sensiblement.

 

Il faut cependant noter que, jugée par le Führer encore trop «souple», l’administration douanière se voit retirée le contrôle des passeports, dévolu aux SS qui viennent compléter le dispositif de contrôle frontalier, à Habkirchen comme dans les autres points de contrôle douanier.

 

Les documents en consultation au musée d’Habkirchen démontrent dans le secteur douanier l’évolution du régime vers le totalitarisme: alors qu’en 1936, la nomination des fonctionnaires des douanes est encore prononcée au nom du Reich («Im Namen des Reichs»), trois ans plus tard en 1939, l’appellation officielle des imprimés change pour : «Au nom du Führer et Chancelier du Reich» («Im Namen des Führers und Reichskanz- lers».

En 1940, les événements militaires ont éclipsé les questions douanières…

 

Habkirchen, Bureau Juxtaposé de 1959 à 1964

 

1945. La Sarre est une nouvelle fois rattachée à la France, sous gouvernement indépendant sarrois.

Après un vote d’auto-détermination en 1955, la Sarre vote le rattachement à la République Fédérale d’Allemagne.

La Douane allemande reprend par là même ses fonctions dans ses anciens points de contrôle, sur la frontière d’avant guerre.

 

Une nuance cependant : les mentalités ont évolué.

La compréhension mutuelle et l’esprit d’entente prévalent sur les querelles passées.

Pour la douane, cela se concrétise par la création d’un bureau juxtaposé (BCNJ dans le jargon de l’époque : Bureau à Contrôles Nationaux Juxtaposés, tels que défini par l’instruction générale du 30 mai 1983, Direction Générale, bureaux B/1-B/3, publiée au BOD du 11 mai 1983).

 

Ce BCNJ d’Habkirchen prend place dans les locaux de l’actuel musée.

L’activité douanière peut reprendre dans un climat apaisé. Le premier receveur français du bureau d’Habkirchen de 1959 à 1964 est Monsieur Fogliare (voir Figure 7, au centre).

Le bureau compte aussi un agent du Customs Office, service douanier des Etats-Unis d’Amérique, qui gère les déplacements des troupes américaines stationnées en France et en Allemagne.

 

Figure 7 : Douaniers français et allemands en 1959 : le BCNJ de Frauenberg-Habkirchen

 

 

 

En ce début des années 1960, douaniers français et allemands vont faire connaissance avec un phénomène nouveau, déjà bien connu de ces douaniers américains, le trafic de drogues.

Les douaniers se «familiarisent» alors avec de nouveaux termes tels que Cocaïne, Héroïne, LSD, Crack, Marijuana…

Autant de produits qui ont accompagné (involontairement) la venue de ces libérateurs américains.

 

A partir de 1964, avec le développement du trafic routier et la création d’une nouvelle voie rapide entre Sarreguemines et Zweibrücken, le bureau d’Habkirchen est transféré à quelques centaines de mètres pour un espace de contrôle plus important, du côté de Frauenberg.

La très bonne entente des douaniers français et allemands se perpétue jusqu’en 1992.

 

Mort du bureau de Habkirchen… et résurrection

 

L’ouverture du Marché commun à partir du 1er janvier 1993 marque la fermeture des bureaux de douane sur cet espace frontalier.

Tout comme Sarrebrück autoroute, Grosblie-derstroff, ou Sarreguemines, le bureau d’Habkirchen est voué à la fermeture.

Dans le même temps, Manfred NAGEL, alors douanier allemand à Frauenberg, atteint l’âge de la retraite, après de nombreuses années de bons et loyaux services, notamment dans la formation professionnelle douanière en Sarre.

 

Passionné de douane et d’histoire locale, il fait revivre depuis quelques années le bureau de douane d’Habkirchen, transformé en musée.

Outre de nombreuses archives, ce musée retrace la vie du bureau tel qu’il était au début des années 60.

Le bureau renferme une collection d’uniformes, de photographies et de tarifs douaniers anciens, ainsi qu’un ensemble d’outils utilisés par les douaniers durant cette période, notamment pour le calcul ou la mesure de certains produits.

 

Manfred Nagel y retrace avec passion la vie, l’organisation et les heures glorieuses de l’administration douanière locale. De cette façon, la douane reste présente à Habkirchen, bureau qui a su réussir sa reconversion !

 

Arnaud PICARD

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