Association pour l’Histoire de l’Administration des Douanes

La mosaïque du douanier

Mis en ligne le 10 mars 2018

Dans le numéro du 17 octobre 1896 de la revue «Le Tour du Monde», Paul Gauckler publiait un article intitule « La mosaïque romaine en Afrique». Le texte était illustre par une reproduction photographique avec la légende suivante : « Navire déchargeant des marchandises a la douane ». Aucune explication dans l’article ne démontrait la justesse de la légende.

 

La photo représentait une mosaïque constituant le seuil d’un hypogée romain, découvert au cours de fouilles menées en 1890 par la direction des antiquités de Tunisie, a Sousse, l’antique Hadrumete. Elle est actuellement visible au musée de Bardo (1), dans la proche banlieue de Tunis.

 

Date du milieu du IIIème siècle (2), ce pavement de dimensions modestes – 2,26 m x 0,90 m – est forme de minuscules cubes de marbre de couleur. II comprend trois parties : la scène elle-même, une mince bordure qui la flanque de part et d’autre, composée de feuilles de laurier vraisemblablement, au-dessus une bordure plus large qui réunit plusieurs motifs stylises dont le caractère prophylactique est volontiers admis.

 

La scène qui constitue de toute évidence un ensemble, représente deux opérations : le déchargement d’un navire et la pesée des marchandises. Le mosaïste n’a pas respecte les règles de la perspective de même qu’il a reparti ses personnages sans souci de cohérence entre les deux représentations. Cela n’a pas d’importance tant on constate ce phénomène dans la mosaïque romaine.

 

Le navire est tiré a terre, le grand mat baissé repose sur un support fourchu (3). Un pavillon de bord flotte a l’extrémité du mat. La proue paraît avoir la forme d’une tête d’oiseau (4) et la coque a l’avant est ornée d’une tresse. A l’arrière on voit nettement le gouvernail formé d’une paire de grandes et larges rames (5). La poupe se termine par une pointe oblique. Un débardeur sur le bateau décharge la cargaison que des portefaix transportent sur le rivage.

 

Ils sont vêtus d’un subligaculum qui masque a peine leur nudité. Quelle est la nature des marchandises débarquées ? On ne saurait l’affirmer sans risque… peut-être des rondins, peut-être des barres de métal.

 

Quoi qu’il en soit une partie de la cargaison est pesée comme on peut le constater dans la partie gauche de la mosaïque.

 

Une énorme balance destinée à recevoir des charges importantes est formée d’un grand trépied qui supporte le fléau. Dans le plateau de gauche est déposée la marchandise que l’on devine également tout autour de la balance, dans celui de droite les poids.

 

L’homme qui manie les poids à droite est vêtu d’une tunique blanche sur laquelle on aperçoit deux bandes étroites et verticales. Ce vêtement, la tunica augusticlavia, (la tunique augusticlave), était la plupart du temps réservée a des personnages officiels ou a des citoyens de rang équestre.

 

Celui qui se tient a gauche semble porter un tablier court noué autour du cou et une large ceinture renforcée d’une lanière de cuir ou de cordelette enserrant soigneusement la taille. Il lève un bras comme pour protester contre le nombre des poids mis dans le plateau qui lui est opposé et qui fait incliner à droite le fléau de la balance.

 

Si comme le savant archéologue Paul Gauckler en a eu l’intuition, la scène représente une opération de douane, il faudrait montrer sur la mosaïque le portitor, c’est-a-dire le douanier romain.

 

 

Article anonyme publié dans la Vie de la Douane n°169
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