Association pour l’Histoire de l’Administration des Douanes

Gabelous et Culs salés

Mis en ligne le 12 juillet 2018

La fraude de sel au XIX° siècle dans le Morbihan

 

Cet article s’inscrit dans une publication plus générale sur ce sujet publiée par « l’Association des Amis de la réserve naturelle des marais de Séné » (7 rue des Ajoncs 56860 Séné). Nous les remercions, ainsi que monsieur Yvon Dufrêne, de nous avoir autorisé à publier ces pages. Dans les premières années du XIX° siècle, les douaniers chargés de faire respecter les lois n’ont pas la tâche facile. Assurer la surveillance des marais et faire la chasse aux fraudeurs dans le périmètre de la ligne des douanes n’est qu’une de leurs missions.

 

La surveillance des marais

 

Le travail des préposés affectés à la surveillance des marais consistait surtout en de longues factions immobiles au cours de services de nuit, particulièrement pénibles en automne et en hivers. La veille se faisait à deux ; l’un se reposait sur le behin de sa cabane de torchis, qui servait d’abri en cas d’intempéries, pendant que l’ autre montaient la garde.

Il fallait rester vigilant car, outre les contrebandiers, il était nécessaire de rester éveillé pour ne pas être surpris à dormir lors de la ronde du lieutenant ou du sous-lieutenant. Un signe de reconnaissance que devait avoir entre les mains celui qui assurait la garde, permettait à ceux-ci, lorsqu’ils découvraient les deux préposés endormis, de savoir quel était celui qui était fautif. Des chiens les accompagnaient souvent, qui les prévenaient de l’approche des fraudeurs.

Voilà comment Adrien Régent, dont le père fut douanier, décrit la veille des préposés : « Rendus aux marais, les veilleurs se dispersaient et chacun s’installait, lui et ses chiens, sur sa pantière. Le douanier se promenait çà et là, se réfugiant contre les intempéries dans une cabane en terre appelée abri-vent ». (André Régent : La presqu’île de Rhuys, 1902).

 

La chasse aux déserteurs et aux réfractaires au service militaire

 

La loi Jourdan de 1798 avait institué le service militaire obligatoire. Mais, dans le Morbihan, comme dans toute la Bretagne, les réfractaires et les déserteurs étaient nombreux et l’une des missions des préposés était de leur faire la chasse. Ils recevaient pour cela une gratification de 25 francs par homme capturé (Décret impérial du 12 janvier 1811).

Capture de trois déserteurs par les douaniers du poste de Kerbiscon à Séné en juillet 1810 « Je soussigné maréchal des logis chargé du service de la gendarmerie impériale à Vannes, reconnais que monsieur Jehan, sous-lieutenant de la douane impériale, stationné à Kerbiscon… étant accompagné de ses préposés, a amené devant moi les nommés Jean George Wendeling, Stanislas Schmoll et Jean Kanitino, tous trois accusés de désertion du 4° régiment suisse ».

 

Présence des douaniers lors de la pesée du sel, du chargement et du déchargement des marchandises dans les ports

 

Jet de lest à Conleau dans le chenal d’entrée du port de Vannes. Le 16 novembre 1808 « François Christophe Tiret, maître de port de première classe à Vannes » accompagné du sieur « Loget, gendarme de la marine », se rend à bord du « bâtiment Le Constant, mouillé dans le chenal à peu près entre l’isle Conleau et le poste de Langle » car les douaniers de ce poste lui ont signalé qu’une grande quantité de lest a été jetée depuis ce navire dans le chenal.

Il demande à voir le sieur Sauvage, capitaine du navire ; mais celui-ci est parti à Vannes. Un individu « parlant avec assé de difficultés la langue française » se présente à lui comme le second à bord. Il l’informe que, d’après « les renseignements qui lui ont été fournis », on a, depuis son bâtiment, « jetté du lest…qu’on évalue à dix tonneaux…que cette manœuvre a été pratiquée pour recevoir à bord un chargement plus fort sur lequel on n’avait pas compté ».

Le second lui répond « n’avoir point connaissance que de son bord il eut jeté du lest ou autres matières encombrantes ». Avant de dresser son procès verbal, François Tiret, en retournant à Vannes dans son cannot, fait sonder le fond du chenal avec des avirons et reconnaît que, là où il devrait y avoir huit à neuf pieds, il n’en reste qu’environ six.

 

Le 22 novembre, Julien Duperron, juge au tribunal de l’arrondissement de Vannes, enregistre la déposition d’Antoine Dupont, préposé aux douanes du poste de Langle à Séné, qui déclare que

« le lundi quatorze de ce mois, étant de quart à la pointe de la croix, sur le bord de mer, il vit jetter beaucoup de pierres de lest du bord du vaisseau Le Constant dans le chenal qui conduit de la mer au port de Vannes, que ce jet de pierres dura plus de quatre heures, qu’il se transporta sur le rivage vis à vis du bâtiment qui était placé au mouillage de Conleau et leur fit défense de continuer ce jet de pierres, mais que, malgré cette défense, ils continuèrent plus de quatre heures ».

Cette déposition fut confirmée par Pierre Dréano et Jean Brien, pêcheurs, demeurant à Canivarne, qui pêchaient des huîtres et des coquillages dans la rade de Conleau, et par le capitaine du chasse-marée La Régénérée, qui passait dans un canot près du Constant au moment ou l’équipage jetait par dessus bord les pierres de lest.

 

Arrestation des délinquants et meurtriers et maintien de l’ordre

 

Les employés des douanes, en l’absence de gendarmes, étaient aussi chargés de procéder à l’arrestation des individus dangereux et des délinquants de toutes sortes. Le 11 août 1811, un laboureur, Julien Thomas est jugé pour avoir assassiné, à Merlevenez, Marie-Jeanne-Thérèse Mauger, 45 ans à coups de « pic à bœufs en bois de houx ».

Arrêté par les employés des douanes, il est condamné à mort et guillotiné. Toujours en 1811, Joseph Le Du, marin de 19 ans « épris de boisson » est arrêté par les préposés des douanes du village de Sainte Barbe en Arradon.

Il est prévenu d’avoir voulu assassiner sa mère, son oncle et plusieurs autres personnes de la famille. Le sieur Guillaume Riguidel, employé des douanes d’Arradon, est requis pour traduire les déclarations de la mère de l’accusé qui ne parle que le breton. Joseph Le Du est condamné à sept ans de réclusion et une heure de carcan.

 

Mobilisation des douaniers en cas de trouble

 

Par ailleurs, la vie des agents des brigades ressemble fort à celle des soldats, même si leur rang militaire n’est pas vraiment défini. Les douaniers sont mobilisés lorsque cela est nécessaire.Ainsi, les brigades des douanes formeront des colonnes mobiles pour mater la nouvelle insurrection vendéenne en 1815 et, dans le Morbihan, le général Bigarré fera appel aux douaniers en poste sur les marais salants de Séné et de la presqu’île de Rhuys pour venir renforcer ses troupes lors de la bataille d’Auray en 1815 contre les chouans de Sol de Grisolles.

 

Contrôle des fabriques de produits chimiques

 

Le 9 avril 1853, les frères La Gillardaie, de Vannes, sont autorisés à installer au lieu dit « La Garenne », sur la commune de Séné, une fab- rique de produits chimiques : sulfate de potas- sium, chlorure de potassium cristallisé, alun, nitrate de potasse, iode, brôme…

Tous les ans, des échantillons de chlorure de sodium sont prélevés par les douanes et exam- inés. En 1860, c’est M.Perrin, pharmacien place Henri IV, qui en est chargé. Par la suite, les échantillons sont envoyés à Nantes.

Voici le certificat de prise d’échantillons dressé le 23 août 1862 : « Nous soussignés Brière Henri, commis des Douanes aux Quatre Vents (Commune de Séné) et Lhôte, patron des mêmes douanes à Mont Sérac (Commune de Séné), certifions que, par suite de déclaration enregistrée sous le n°3 au bureau des Quatre Vents et faite ce jour au nom de Mr Ouizille fils, propriétaire de l’usine de Mont-Sérac, par Mr Boutillier son fondé de pouvoir, pour la quantité de cinquante trois mille kilogrammes de chlorure de sodium impur que l’on se propose d’expédier à Rouen ;

nous avons procédé… au prélèvement d’échantillons qui doivent être soumis à l’examen des experts désignés par le préfet du Morbihan…pour savoir s’il y a lieu de délivrer le certificat d’innocuité prescrit pour la consommation de ces produits. Nous avons, en conséquence, retiré de différents endroits de la masse de chlorure de sodium… des petites quantités de ce produit qui ont été mélangées en notre présence et placées ensuite dans deux bocaux scellés de notre cachet et de celui de Mr Boutillier. Fait à Mont Sérac le 23 Août 1862 ».

 

La prestation de serment

 

Tous les candidats à un poste dans la Douane doivent prêter serment de fidélité au pouvoir en place. Ainsi, le 19 mars 1814, Joseph Travaillé, né à Josselin, nommé préposé à la brigade de Langle à Séné, devant le juge de paix du canton ouest de Vannes « fidélité à l’Empereur, obéissance aux constitutions de l’Empire, et de remplir avec zèle, intégrité et justice les fonctions qui (lui seront) confiées ». Mais, le 30 mars de la même année, Napoléon abdique à Fontainebleau et, le 20 juin, François Le Hec, né à Locminé et employé de la brigade de Cadouarne à Séné, jure, lui, devant le même juge de paix fidélité au roi.

 

Les conditions de vie des douaniers

 

Au début du XIX° siècle, les conditions de vie des douaniers affectés à la surveillance des marais sont peu enviables : discipline sévère, promiscuité dans les casernes, dureté du service pendant la mauvaise saison, relations difficiles avec une population hostile et un traitement très modique.

 

La militarisation du service des douanes

 

Au mois de décembre 1806, le Conseiller d’Etat Collin, administrateur général des Douanes, écrit au préfet Jullien constatant que, malgré « l’activité et le zèle des préposés des douanes leurs moyens sont impuissants contre la multitude des fraudeurs. L’organisation et le placement des douaniers n’est pas tel qu’il devrait être ». Pour y remédier, il pense que les préposés « pourraient être formés plus militairement et établis dans des baraques sur les marais même ». C’est ainsi que les zones de marais salants vont se couvrir de corps de garde et de casernes au rythme de l’augmentation des effectifs.

 

Les conditions de logement dans les casernes étaient souvent affligeantes

 

Logés tout d’abord sur ordre de réquisition chez l’habitant, la plupart des douaniers et leur famille seront logés ensuite en caserne. Ils y vivent dans des conditions de promiscuité contre lesquelles s’élève leur hiérarchie même.

En 1841, la caserne des Quatre Vents, à Séné, hébergeait 31 douaniers, 4 femmes et 5 enfants. Construites dans l’urgence, victimes de malfaçons, nombre de casernes nécessitèrent des réparations parfois importantes.

 

La dureté du service pendant la mauvaise saison

 

Le service était moins pénible pour les cavaliers des brigades à cheval. Cependant,il leur arrivait parfois de devoir terminer leur patrouille à pieds, les rares chemins qui menaient aux salines et les sentiers qui suivaient les digues,fangeux, boueux, étant quasiment impraticables, comme en témoigne ce rapport dressé en décembre 1818 au bureau des Quatre Vents à Séné par François Louis Alexandre Crespin de Trégoat, lieutenant des cavaliers de la brigade de Vannes :

« Etant de service dans la nuit du dix au onze, nous nous sommes dirigés sur les marais du contrôle de Vannes ; étant arrivés à la caserne des Quatre Vents et le temps ne permettant pas de passer sur les digues avec des chevaux, nous les avons laissé dans un des corridors de ladite caserne.

Passant sur les marais de Falgérec, nous avons fait rencontre du lieutenant Le Marchand… de la brigade de Falgérec… qui venait vérifier le service de ses veilleurs. Ayant parcouru avec lui les landes environnantes, les marais et nous étant arrêtés sur les minuit dans le petit marais et la croix de Falgérec…nous avons entendu crier le veilleur de Mésantré.

Nous nous sommes alors embusqués. Cinq minutes s’étaient à peine écoulées que trois individus portant chacun un sac plein sont venus passer par le même chemin. Les ayant entourés, nous sommes parvenus à nous saisir des deux hommes et de la femme composant cette bande…Nous les avons sommés de nous décliner leurs nom, profession et demeures et ont déclaré se nommer, l’un Mathurin Robin, cordonnier, l’autre François Nozay, journalier, et la femme, Jeanne Lebras, journalière, demeurant les trois rue de Séné à Vannes…

Nous leur avons déclaré la saisie des sacs de sel dont ils étaient porteurs ainsi que l’intention où nous étions de nous saisir de leurs personnes et de les garder avec nous jusqu’à l’ouverture du bureau des douanes des Quatre Vents, ce que nous avons fait en les tenant sous clef dans l’une des chambres de ladite caserne, où à la dite ouverture du bureau, nous les avons sommés de nous accompagner pour être présent à la rédaction de notre procès verbal, ce qu’ils ont acceptés ».

En 1830 le directeur des Douanes de Lorient écrit au Directeur général des Douanes à Paris pour réclamer le maintien de la brigade à cheval de Theix.

 

Dans sa lettre, il souligne tous les avantages que présentent ces brigades dans l’exécution des différentes missions qui leurs sont confiées : « On ne peut se dissimuler les services importants que dans des temps de trouble, une brigade à cheval peut rendre, elle produit plus d’effet que des brigades à pied.

L’homme à pied ne peut se faire respecter qu’en faisant usage de son fusil. Il ne doit l’employer qu’à la dernière extrémité, tandis qu’un cavalier par la seule crainte qu’inspire son cheval et le mouvement du sabre au dessus de la tête des individus, disperse facilement et sans coup férir tout attroupement, d’ailleurs quelques hommes à cheval parcourant de jour et surtout de nuit les villages suspects, les habitants qui les aperçoivent ou qui entendent fréquemment le bruit de leurs chevaux multiplient leur nombre et conçoivent des craintes qui doivent concourir à les empêcher de former des projets contraires aux intérêts du gouvernement…

Outre les services précédemment indiqués qu’en ce moment rend cette brigade, elle devient en temps ordinaire très utile soit en se portant à l’improviste sur les marais salans les plus éloignés, soit en parcourant, dans tous les sens, les vastes landes qui, derrière les marais, s’étendent au loin dans l’intérieur des terres, service que des brigades à pied ne pourraient faire aussi bien qu’en les multipliant d’une manière onéreuse pour le trésor.

Dans les cas assez fréquents de naufrage où des forces doivent être instantanément dirigées vers le lieu de l’échouement et dans les occasions graves où il importe qu’une grande célérité ait lieu dans la transmission des rapports des subordonnés ou des ordres des chefs, ma brigade à cheval rend encore d’importants services.

Enfin, dans la saison des pluies qui, en Bretagne, et particulièrement sur les marais, engendre des fièvres endémiques, la cavalerie devient une ressource dont il serait dangereux de se priver, l’administration sait que souvent et notamment en 1828, les maladies avaient considérablement affaibli la brigade de l’Inspection de Vannes et que sans l’appui que l’on a trouvé dans les cavaliers, sur qui, par l’effet du genre de leur service, les fièvres locales ont beaucoup moins d’actions que sur les préposés à pied, la garde des marais, sur plusieurs points, eut été, pour ainsi dire, abandonnée.

Ces considérations me déterminent à vous soumettre la proposition formelle dans le cas où il y aurait impossibilité de rétablir les deux brigades à cheval supprimées le 1° Octobre dernier, de conserver au moins celle encore existant à Theix ».

 

Une population d’abord hostile

 

Les relations avec les habitants furent, au début de l’installation des douaniers sur les marais, très conflictuelles.

Les préposés, d’anciens militaires souvent, n’étaient pas des tendres et certains semblent avoir eu la gachette facile. Sans consignes,ni directives précises au début,ils ont gardé ou adopté les anciennes pratiques de la Ferme. Certains sont étrangers au pays, ne parlant pas breton et plusieurs se comportent parfois comme en pays conquis.

En 1816, Orgebin, le meunier du moulin du baron à Theix refuse d’obéir à un ordre de réquisition d’un logement qu’il loue au sieur Jégat déclarant que « …pour toute autre personne, il le céderait volontiers ne lui étant pas utile mais que pour loger un catula (sobriquet qui désignait les employés des Douanes.

Ce nom venait de la question de ces derniers lors des contrôles : « Qu’as-tu là ? ») il préférait le payer le double et le triple que d’en sortir ».

 

L’intégration

 

Après 1830, la cohabitation devient pacifique. La consultation des registres d’état civil nous montre que les mariages se multiplient entre les différentes communautés. Au prestige de l’uniforme s’ajoute une situation matérielle qui s’est améliorée au cours du siècle.

Les éditeurs Charpentier père et fils publient en 1840 dans « Galerie Armoricaine, Costumes et vues pittoresques » parmi les lithographies d’Hippolyte Lalaisse, une gravure intitulée « Artisanne de Vannes et douanier » accompagnée du commentaire suivant : « Les jaloux murmurent contre l’uniforme vainqueur car quelques-uns pensent que rien n’attire le sexe comme l’habit vert du douanier.

Les cinquante francs par mois qu’il peut dépenser sont, en outre de ses qualités personnelles, la raison suffisante de la préférence que lui accorde le sexe sur tous ceux qui, à mérite égal, n’ont pas pareil avantage à offrir. Fillette qui se marie, songe peu, j’imagine, à l’avenir, mais celle qui épouse le douanier peut penser à la retraite ».

Les liens ne sont pas seulement matrimoniaux. Aucune ségrégation dans les transactions immobilières. Les « culs salés » ne voient plus d’inconvénient à vendre ou à louer, maisons ou terres, à des « catulas ». Ainsi, en 1834, François Le Normand, paludier à Billarec, un autre François Le Normand, paludier aux Quatre Vents, Paterne Le Normand, au village de Bindre, Mathurine, Le Normand, épouse d’Yves Loiseau lui aussi paludier à Billarec, tous de la communauté de Séné, vendent à Louis Paul, employé des douanes à la résidence de Kerbiscon en Séné « une petite maison ayant son jardin au devant, cerné de son fossé du marais ; la dite maison bâtie dans la lande de Billarec, moyennant la somme de trois cent cinquante huit francs ».

 

 

Vie quotidienne des préposés

 

Louis Paul,décède en 1837 et une vente mobilière a lieu après son décès. A l’inventaire figurent des pièces d’uniforme : plusieurs schakos, un bonnet de police, une lévite de drap bleu (redingote longue), une veste de drap bleu, une capote d’uniforme de douane,un baudrier et une giberne,ainsi qu’une paire de guêtres.

On trouve aussi un fusil. Son linge de maison, sa vaisselle et les objets du ménage (cuillères en étain, en bois, fourchettes en fer, écuelles, plat et pot en terre, trépied, marmite, un chandelier en fer avec une paire de mouchettes, etc…) sont ceux que l’on trouve habituellement dans les intérieurs de paludier, de laboureurs ou de pêcheur.

Il possède en outre une cage en fil de fer et deux sereins ainsi que deux livres : un almanach et les Prophéties de Nostradamus. La vente rapporta 315 francs et 30 centimes. Celles des biens d’Olivier Chapon, paludier à Bindre (1832) 881 francs et 30 centimes ; celle de Mathurin Le Franc,pêcheur à Kerdavid (1832) 320 francs et 60 centimes ; celle de Michel Le Ray, laboureur à Michot (1830) 441 francs et 50 centimes et celle de François Coffornic, cultivateur à Bindre, 1494 francs et 55 centimes.

 

La caserne des Quatre Vents à Séné

 

La caserne des Quatre Vents était la caserne des douanes la plus importante construite à Séné. Située au centre des marais, elle abritait le bureau du receveur où l’on venait s’acquitter des droits d’enlèvement des sels et où les préposés conduisaient les fraudeurs qu’ils avaient capturés pour rédiger, en leur présence, le procès verbal d’arrestation.

 

La construction de la caserne

 

Le 30 août 1808, une adjudication est établie pour la construction d’une caserne sur la commune de Séné dans la lande communale connue sous le nom des Quatre Vents.

En avril 1809, la commune de Séné et l’administration désigne des experts pour déterminer l’étendue et la qualité de l’emprise de la caserne et, le 1° août 1809, monsieur de Sannois, Inspecteur des Douanes impériales et monsieur Brunet Debaines, architecte nommé pour surveiller la construction, procèdent à la réception de la caserne.

Vendue dans les années 30, la caserne des Quatre Vents fut achetée par la paroisse St Paul de Vitry qui y installa une colonie de vacances. Revendue, c’est aujourd’hui une propriété privée.

 

La brigade des Quatre Vents

 

En 1841, il y avait à Séné 102 douaniers. 31 d’entre eux étaient logés aux Quatre Vents. En 1907, il n’étaient plus que 20.

Le receveur, M.Chayot, venait d’arriver. Il était assisté du sous-lieutenant Millet. En arrivant aux Quatre Vents, François Millet, qui vient d’être promu sous-lieutenant, perçoit 1800 francs par mois de traitement auxquels s’ajoutent 200 francs d’indemnités de tournées.

En 1909, lieutenant de 2° classe, son traitement passe à 2200 francs et ses indemnités à 300 francs. Dans un dossier de la direction des Douanes de Bordeaux figurent les notations et appréciations des aptitudes du lieutenant Millet pour l’année 1907.

Le capitaine chargé de remplir le « signalement » demandé, écrit entre autres, face aux rubriques : Instruction classique : « Possède une bonne instruction primaire » Conduite privée et esprit d’ordre : « Bonne ; n’a pas de dettes ». Langues étrangères : « Sait un peu traduire l’espagnol et l’italien à l’aide du dictionnaire». Attitude politique : « Correcte ».

Note générale d’ensemble : « M.Millet, qui est intelligent, possède une bonne instruction administrative et privée et sa conduite , sa tenue et sa représentation permettent de le nommer à n’importe quelle résidence ». La page du sommier concernant la carrière dans les douanes de François Millet nous indique qu’il est né à Puntous, dans les Hautes Pyrénées, le 12 novembre 1869. En 1892, il entre dans la douane comme préposé à La Pallice.

Son ascension est rapide : sous brigadier en 1896, brigadier en 1901. Le 1° novembre 1905, il est nommé sous lieutenant et c’est alors qu’il est muté aux Quatre Vents à Séné pour y prendre le commandement de la brigade. Promu lieutenant en 1908, il cherche à se rapprocher de chez lui et, en 1909, il rejoint Pauillac. Il reste dans le Bordelais et prend sa retraite le 1° octobre 1923.

 

 

Par Yvon Dufrêne
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