Association pour l’Histoire de l’Administration des Douanes

Le corps militaire des douanes pendant le conflit franco-prussien de 1870-1871 (2ème partie)

Mis en ligne le 1 juillet 2020

 

Dans le cadre de notre évocation des douaniers de 1870 entamée dans notre édition précédente, nous  présentons le second volet de l’essai de Rémy Scherer sur le corps militaire des douanes durant ce conflit.

 

L’équipe de rédaction

 


 

L’engagement du corps militaire des douanes

dans les combats en Province

 

 

Le 26 juillet 1870, un décret impérial met à la disposition du département de la Guerre le corps armé des douanes dans les départements de la Moselle, du Bas-Rhin et du Haut-Rhin. Le 9 août, un nouveau décret mobilise l’ensemble du corps militaire des Douanes pour mettre à la disposition du ministre de la Guerre les corps armés de la douane. 

 

Les douaniers sont alors engagés dans le conflit franco-prussien. Le 2 septembre 1870, Napoléon III dépose les armes  à Sedan. Le Gouvernement de Défense Nationale, qui remplace l’Empire, décide de continuer les hostilités.

 

Les douaniers seront présents dans tous les secteurs d’opérations, en action comme toutes les autres troupes levées par le Gouvernement Provisoire, jusqu’à la cessation des hostilités le 28 janvier 1871. L’armistice général interviendra seulement le 15 février 1871.

 

I. Les légions des douanes d’Alsace et de la Lorraine

 

Les légions d’Alsace-Lorraine regroupent environ 2000 hommes.

 

1. La 1ère légion: Direction de Metz (Moselle)

 

La légion de Metz compte 4 bataillons : Montmédy, Thionville (1° bataillon), Saint-Avold et Bitche (4° bataillon).

 

La légion des douanes de la direction de Metz, constituée de 4 bataillons, est positionnée de la Moselle à Metz. Elle est rattachée à l’armée de l’Est. Après les défaites de l’armée du Rhin, les unités de la Douane abandonnent la surveillance de la frontière et rejoignent les places fortes. La légion sera bloquée en Moselle et le 3° bataillon sera perdu dans la capitulation de Metz le 27 octobre 1870. Pour le bataillon de Thionville, deux compagnies sont fournies par la principalité de Longwy. Ces deux compagnies, de Longwy et de Villers la Montagne sont affectées à la défense de Longwy.

 

Sur les 1006 hommes des brigades de la Direction de Metz, environ les trois quart ont été repartis dans les places fortes de Montmédy (commandant Masquart, inspecteur à Montmédy avec 85 hommes), Longwy (commandant Depreux et capitaines Lostie de Kerhor et Baratte, 2 compagnies avec 180 douaniers), Thionville, Metz (3° bataillon) et Bitche (commandant Narrat avec une compagnie de 200 douaniers). Cinq douaniers sont morts devant l’ennemi et 21 pendant les divers sièges pour cette direction. 

 

Pendant toute la durée du blocus de Metz (du 20 aout au 28 octobre 1870), l’armée étant cantonnée à l’extérieur de la ville, le service intérieur de la place est réalisé par la garde nationale sédentaire, la garde nationale mobile, les sapeurs-pompiers, et les douaniers ramenés de la frontière. Le 25 septembre, le douanier Schreiner Jean est décédé à Metz. Les douaniers sont représentés principalement par les rescapés du 3° bataillon de Saint Avold et aussi des isolés des autres unités.

 

 Pour le siège de Thionville, de la fin d’août au 24 novembre 1870, 90 douaniers participent à la défense. Ils sont logés à la caserne des Capucins. Pour leur tenue durant le siège, la médaille d’honneur de 2° classe en argent du ministère de l’intérieur, (journal officiel du 10 avril 1873), a été accordée au sous-brigadier Cauderlier (affecté à Audun-le-Roman) pour sa belle conduite pendant le bombardement de la ville de Thionville. Aussi, le préposé Mathias, des douanes de Brieux, a été décoré de la médaille militaire. Le douanier Charpentier est décédé à Thionville, à priori pendant le siège.

 

 

Illustration: Audun-le-Tiche par F. Ponsin

 

 

A Longwy, le personnel est issu du bataillon de Thionville. Le personnel de la brigade d’Audun-le-Tiche (Moselle) et celui du bureau réglementant la circulation des marchandises à Rédange, distant de quatre kilomètres, rejoint la place de Longwy le 23 août. Au 24 aout, tous les douaniers ont quitté leurs postes sur la frontière et ont rejoint Longwy.

 

Les douaniers, environ 180 hommes, forment 2 compagnies, aux ordres du commandant Depreux. Il est assisté par le capitaine de 1° classe Baratte et le capitaine de 2° classe Lostie de Kerhor. Ils sont armés du mousqueton modèle 1843. Les douaniers sont principalement positionnés à la porte de Bourgogne.

 

Le 29 août 1870, le commandant de la place de Longwy, le lieutenant-colonel Massaroli, est informé qu’un escadron de hussards du Magdeburgischen Husaren-Regiment 10, sous le commandement du Rittmeister Von Kleist, s’était établi à Audun-le-Tiche, en face d’Esch, à la frontière du Luxembourg. Cette unité fait de nombreuses réquisitions, et son commandant menace de fusiller le maire de Redange suite à l’arrestation par la garde nationale d’un espion allemand. Le commandant Massaroli décide donc d’impressionner l’ennemi et de le surprendre à Audun-le-Tiche à l’aube suite à une marche de nuit. Ainsi, un détachement de 150 hommes, dont 111 douaniers, 20 gardes forestiers et 20 gendarmes à cheval, commandé par le capitaine Lostie de Kerhor, secondé par le lieutenant Zwiefel, de Crusnes, sort de la place à onze heures du soir, le 29 août. Le détachement se porte sur Audun-le-Tiche, atteint à l’aube. Le capitaine Lostie de Kerhor forme 3 détachements, un pour chaque accès de la ville. Les allemands, surpris par cette action, sont débordés et abandonnent le village, se repliant vers la frontière luxembourgeoise, poursuivis par les gendarmes à cheval. 

 

Cette escarmouche a fait 8 morts, 5 blessés, 4 disparus et 14 prisonniers pour les allemands. La troupe française déplore 2 tués et 17 blessés. Lors de l’engagement, les douaniers Jean-Baptiste Brunvarlet et Michel Bastian sont tués, et Antoine Tabouret est grièvement blessé. A 10h00 du matin, après les soins aux blessés, le rassemblement des prisonniers, des chevaux et du matériel capturés, la colonne rentre à Longwy. 

 

En outre du capitaine Lostie de Kerhor, qui a conduit cette expédition avec beaucoup de vigueur et d’intelligence, le commandant Massaroli porte à l’ordre du jour les officiers, sous-officiers et soldats suivants qui se sont fait particulièrement remarquer dans ce combat : MM. Zwiefel, lieutenant; Thouvenin et Istace, sous-officiers; Lafond, Brunvarlet, Lafolie, Tabouret, Bastian et Turnus, guides. Ce dernier a fait à lui seul deux prisonniers. 

 

Pendant le siège, en janvier, quelques douaniers remplacent les artilleurs, insuffisants pour le service des pièces. La place se rendra le 25 janvier 1871.

 

Le 25 septembre, grâce au concours des agents du chemin de fer et des douaniers, un convoi de ravitaillement comprenant 2 500 000 rations de vivres de campagne, venant de Paris, peut atteindre les places de Thionville et de Longwy. Le sous-brigadier Joseph Thuillier décède le 05 février 1871 à Longwy (hôpital militaire), quelques jours après la reddition de la ville (27 janvier 1871).

 

Le bataillon de Bitche doit se replier de la frontière et se retrouve dans la place forte de Bitche. Lors du siège, du 8 août 1870 au 26 mars 1871, sous le commandement du gouverneur de la place, le commandant Louis-Casimir Teyssier, et du chef des troupes de la place, le commandant Geniès-Hippolyte Bousquet, les douaniers, au nombre de 228, participent à la défense de la place. Les officiers sont l’inspecteur Narrat, le sous-inspecteur Pradal, les capitaines Genin, Dumont et Jeannot, les lieutenants Thilmont, Laurent, Buzy et Mangin, les sous-lieutenants Mayer, Lamy et Reitz, et le médecin des douanes Calvet. 

 

Lors du siège Montmédy (Meuse), du 4 septembre au 14 décembre 1870), il faut noter la participation des 85 douaniers de la capitainerie de Montmédy. Le préposé Watry, issu de la Direction de La Rochelle, est mis à la disposition de l’intendance militaire de la place de Montmédy. Pendant le siège, du 3 septembre au 14 décembre, il accomplit diverses missions à travers des lignes ennemies.

 

2. La 2ème légion: Direction de Strasbourg (Bas-Rhin)

 

La légion de Strasbourg compte 2 bataillons : Strasbourg et Wissembourg, regroupant 589 hommes. Elle est commandée par le colonel Marcotte.

 

Les 4 et 6 août se déroulent les batailles de Wissembourg, de Forbach-Spicheren et de Woerth-Reischoffen, toutes perdues. L’armée française évacue l’Alsace et se replie sur Châlons sur Marne et Metz. Les agents du bataillon de Wissembourg qui ne sont pas capturés doivent se replier et un certain nombre se retrouve à Strasbourg. Les restes de la légion de Strasbourg se retrouvent donc enfermés dans la place assiégée par les allemands. 

 

A Strasbourg, au 7 août, sur les 589 hommes de la Direction de Strasbourg, 456 issus du bataillon de Strasbourg et des rescapés du bataillon de Wissembourg sont présents. Ils forment donc deux petits bataillons qui sont mis à la disposition du général Uhrich, commandant de la place de Strasbourg. La légion, réduite, est réorganisée en un bataillon de guerre à 4 compagnies :

 

– 1ère compagnie: guides (préposés, jeunes hommes célibataires) ;

-2ème compagnie: guides (quelques préposés, jeunes hommes célibataires, et hommes mariés sans enfants ou avec 1 ou 2 enfants à leur charge) ;

– 3ème compagnie: réserve – capitaine Lacour (préposés pères de famille avec 2 à 5 enfants) ;

– 4ème compagnie: réserve (hommes âgés et avec plus de 5 enfants).

 

Le colonel Marcotte est assisté de 20 officiers avec les chefs de bataillons Le Sérurier, Huentz, Peythieu et Astier, le capitaine adjudant-major Allot, les capitaines Arbez, Artisez, Desoriez et Lacour, les lieutenants Auth, Beilstein, Bernard, David, Leulier, Maire, Muller, Pinteaux, Schelle et Weiss.

 

Les pertes sont de 12 douaniers pendant le siège. Le commandant Peythieu a été blessé pendant le siège ainsi que 20 guides. La place de Strasbourg capitule le 28 septembre après de forts bombardements.

 

Il faut noter que des agents du service des bureaux combattent avec la garde nationale sédentaire dont Julien Alfred d’Alaret, commis à la direction des douanes de Strasbourg, promu lieutenant dans le 4° bataillon de la garde.

 

Les douaniers sont affectés à la garde du 3° arrondissement de défense de la place, puis à la garde du 2° arrondissement. En plus du service de garde, ils participent à de fréquentes missions de reconnaissance à l’extérieur de la place. Le 16 août, ils participent à une reconnaissance importante qui a pour but d’obtenir des renseignements sur l’assiégeant et d’entraver ses travaux de construction des premières batteries. Cette sortie concerne deux bataillons, deux escadrons avec une batterie et deux sections de douaniers. Elle se solde par un échec avec des pertes, laissant trois pièces d’artillerie aux mains des allemands. 

 

Les vétérans de la 4° compagnie sont utilisés pour des services divers dans la place comme factionnaires, plantons et gardes de divers bâtiments. 

 

Le 23 aout, à la porte de Saverne, un piquet de 20 douaniers, ainsi qu’un autre piquet de 20 mobiles, protègent les travaux de fortification de la place de Strasbourg. Toute la nuit, les douaniers échangent des coups de feu avec des tirailleurs ennemis. 

 

Le colonel Blot, du 87° de ligne, commandant le front de défense, vient le matin du 24 voir les douaniers à l’œuvre. Ceux-ci continuant à tirailler avec audace, le colonel leur crie tout à coup : « Allons, douaniers, en avant ! ». Ils s’élancent alors avec tant d’entrain qu’ils encerclent un groupe de Prussiens. Grâce au concours de quelques travailleurs des fortifications, accourus aussitôt, ils s’emparent de neuf soldats du 34° régiment de Poméranie, dont deux légèrement blessés, et les conduisent à l’état-major de la place.

 

 

Illustration d’Emile Schweitzer (Gallica).

 

 

Quelques douaniers, anciens artilleurs, sont requis pour le service des pièces, dont les sous-brigadiers Clamer et Schneider.

 

Voici les noms de quelques douaniers tués lors du siège de Strasbourg (du 16 août 1870 au 28 septembre 1870) :

 

– Jacques Fey (préposé des douanes, 3° compagnie, blessé grièvement le 26 août par éclat d’obus et décédé le 27 août 1870 à l’ambulance Saint Thomas);

– Charles Freiss (préposé des douanes, 1° compagnie, tué le 1 septembre 1870 par éclat d’obus);

– Hubert Goebig (préposé des douanes, tué le 13 octobre 1870) ;

– Joseph Gewinner (préposé des douanes, 3° compagnie, tué le 26 août 1870 par un projectile ennemi) ;

– Philippe Ries (préposé des douanes, 3° compagnie, blessé le 22 septembre lors du bombardement, décédé le 26 septembre 1870 à l’ambulance du Petit Séminaire) ;

– Charles Socier (brigadier des douanes, tué le 22 novembre 1870).

 

Notons également le décès de Sophie Brencklé le 14 septembre, épouse de Charles Rappold (sous-brigadier des douanes), lors du bombardement de la ville.

 

3. La 3ème légion: Direction de Colmar (Haut-Rhin)

 

La légion de Colmar compte 2 bataillons : Neuf-Brisach et Delle.

 

Les compagnies du bataillon de Neuf-Brisach sont réparties entre cette place et Colmar, puis se regroupent à Neuf-Brisach pour soutenir le siège. A Neuf-Brisach, les unités de la douane sont commandées par le chef de bataillon Verlingue, les capitaines Lacroix et Michel, et le capitaine adjudant-major Rapard. Les capitaines Michel, frères, l’un à Foussemagne, l’autre à Bantzenheim, reçoivent l’ordre le 30 août de passer le Rhin et d’enlever des ponts de bateaux que dispose l’ennemi à Bellinen pour traverser le fleuve. Avec leurs compagnies, les deux officiers tentent l’entreprise qui a eu un plein succès sous la grêle des balles allemandes. Néanmoins, les troupes allemandes passent le Rhin à Chalampé ce qui oblige les douaniers à se replier dans la place de Neuf-Brisach.

 

Le 14 septembre, une petite troupe de mobiles, de francs-tireurs et de douaniers, sous le commandement d’un lieutenant de mobiles, sort de Neuf-Brisach pour effectuer une reconnaissance vers la maison éclusière du canal, à hauteur de Biesheim. L’ennemi étant en force, la troupe décide de revenir à Neuf-Brisach quand elle rencontre une colonne sur la route de Strasbourg poursuivie par l’ennemi. C’est la garde nationale de Biesheim qui venait d’être attaquée par la cavalerie allemande et qui retraite sur Neuf-Brisach. La reconnaissance française intervient et permet de dégager les gardes nationaux qui peuvent se replier dans la place. Lors du siège de Neuf-Brisach, le sous-lieutenant Féger et les douaniers Rennwald et Schirlé sont tués.

 

Le bataillon de Delle a pour mission de participer à la défense de Belfort.

 

Au siège de Belfort participe donc une centaine de douaniers commandés par le chef de bataillon Rolland, inspecteur à Mulhouse, assisté du capitaine adjudant-major Chodron et du capitaine Jobin. Le colonel Denfert-Rochereau est nommé gouverneur de la place de Belfort. Le siège commence le 3 novembre et la place ne se rendra qu’après l’armistice, le 16 février 1871, après 104 jours de siège. Quatre douaniers sont décédés lors du siège (caporal Humbert, guides Schneider, Tunis et Debrosse). Le douanier Geiger sera décoré de la médaille militaire le 1er octobre 1872, pour ses services lors du bombardement de Belfort.

 

II. La participation du corps militaire des douanes à l’armée du Nord

 

Avant l’investissement de Paris et l’isolement des départements du Nord, les directions de Dunkerque, Valenciennes et Lille fournissent des éléments pour la légion des douanes de Paris avec : 

 

– la 3ème compagnie du 2ème bataillon (Direction de Lille);

– la 2ème compagnie du 5ème bataillon (Direction de Lille) ;

– la 3ème compagnie du 5ème bataillon (direction de Dunkerque) ;

– la 5ème compagnie du 5ème bataillon (Direction de Valenciennes).

 

Ensuite, après l’isolement du Nord, avec le personnel encore disponible, deux autres unités sont formées et rattachées à l’armée du Nord: 

 

– le 1er bataillon des douaniers mobilisés du Nord (commandant Giovanelli puis commandant Duclos, tous deux inspecteurs, capitaine Loménil) : 10 officiers, 400 hommes. Cette unité est formée initialement de 3 compagnies de la direction de Valenciennes, comprenant chacune environ une cinquantaine d’hommes; d’une compagnie (environ 130 hommes) de la direction de Dunkerque et d’une compagnie de 115 hommes de la direction de Lille. Début novembre, tous ces éléments sont concentrés à Avesnes pour former ce bataillon avec 3 compagnies. Ces compagnies sont d’abord réunies à Maubeuge, puis à Avesnes sur Helpe. Le 23 décembre, le commandant Giovanelli est nommé lieutenant-colonel dans l’armée auxiliaire, commandant d’une colonne volante, puis commandant du régiment des mobiles des Ardennes. Le bataillon est intégré à la brigade Isnard constituée de mobiles, de zouaves et de douaniers. Cette unité est une colonne volante qui opère dans la vallée de l’Oise.

 

– la Compagnie des guides de la Douane de la direction de Dunkerque (capitaine Reveillon avec 115 hommes).

 

Les douaniers participeront en particulier aux opérations menées dans l’Aisne au cours du terrible hiver 1870-1871, jusqu’à la malheureuse bataille de Saint-Quentin et à l’armistice du 28 janvier. Le bataillon des douanes intervient en flanc-garde du 23° corps d’armée lors de la bataille de Bapaume, succès français en date du 3 janvier 1871. Le 15 janvier, le bataillon du commandant Duclos est à Cambrai. Il atteint Saint-Quentin le lendemain. Le 19 janvier, lors de la bataille de Saint-Quentin, le bataillon perd 5 hommes.

 

 

Illustration: Bataille de Bapaume

 

 

A la cessation des hostilités, Valenciennes est le lieu de regroupement des agents dont le retour est négocié avec l’autorité militaire allemande. Les douaniers sont désarmés à l’occasion.

 

III. La Légion du Doubs dans les combats dans l’Est

 

La Légion du Doubs, créée avec des unités issues de la direction de Besançon, comprend 3 bataillons : Saint-Hippolyte (1er bataillon), Pontarlier et Morteau. Elle concourt aux opérations menées dans l’Est de la France. 

 

Dès septembre, sous le commandement du général Cambriels, responsable de la 7ème division militaire ainsi que des départements des Vosges, du Haut-Rhin et de la Côte d’Or, une armée est créée dans l’Est. Après avoir organisé les troupes disponibles en les embrigadant, le général Cambriels s’occupe de faire garder les débouchés des vallées de l’Alsace, où l’on apprend l’entrée de la 4ème division de réserve allemande, afin de couvrir la Haute-Saône. Pour garder les abords sud de Mulhouse et la vallée de Saint-Amarin, il fait appel aux ressources des douaniers et des gardes forestiers, avec quelques compagnies de francs-tireurs.

 

En novembre, le 1er bataillon des douanes de la Légion du Doubs, comprenant environ 200 hommes, participe à la défense des postes du Haut-Doubs, au niveau de Voujaucourt et d’Audincourt. Puis, il se replie sur la ligne du Lomont, entre Pont de Roide et Clerval, à Tulay. La défense est assurée avec les 1er et 3ème bataillons des mobiles du Doubs et le bataillon du Haut-Rhin, sous le commandement du commandant Vezet, ancien capitaine de la Garde Impériale. La 3ème compagnie du 1er bataillon des Mobiles du Doubs est d’ailleurs commandée par le capitaine Bruand, ancien employé des douanes. Le bataillon des douanes expédie alors ses archives, ses magasins et les douaniers non valides à Maîche. Les communications avec Besançon sont assurées par quelques compagnies de mobiles installées à Baume-les-Dames et aux ponts sur le Doubs en aval. 

 

Ces unités, dont le bataillon de la douane, sont ensuite mises à la disposition du 15ème Corps d’armée de l’armée de l’Est du général Bourbaki, en janvier 1871, pour défendre les passages du Doubs.

 

Les 2ème et 3ème bataillons ne sont pas intégrés à l’armée de l’Est et leurs éléments sont maintenus à leurs postes pour servir d’éclaireurs et de guides aux détachements de l’armée de l’Est.

 

IV. Le bataillon des douanes de la direction de Caen dans les combats dans l’Ouest

 

Les départements de l’Orne et du Calvados, étant menacés par l’ennemi, le directeur Dragon de Gomiecourt fait appel aux douaniers de la Manche et du Calvados, dépendant de la direction de Caen, non encore mobilisés. Près de cinq cents, majoritairement pères de famille, permettent de former un bataillon, comprenant 5 compagnies, dont le commandement est donné à M. de Tarragon, inspecteur à Caen. Cette unité a tenu sa place malgré la neige et les froids rigoureux de décembre et janvier. Les grand-gardes sont souvent déployées. Le bataillon est dissous début mars. 

 

Commandant De Tarragon.

 

– 1ère compagnie : capitaine Gallet de Santerre.

– 2ème compagnie : capitaine Halley.

– 3ème compagnie : capitaine Vautier.

– 4ème compagnie : capitaine Buhot.

– 5ème compagnie : capitaine Hauvet.

 

Cette direction avait précédemment fourni une unité pour la légion des guides de Paris (1ère compagnie du 1er bataillon). 

 

Le bataillon est ensuite intégré à la 3° division d’infanterie (général Saussier) du 19° corps d’armée, de la seconde armée de la Loire. Le bataillon des douaniers fait partie de la 1° brigade. Le 19ème corps est formé à Cherbourg et à la fin janvier, il est positionné sur la gauche de l’armée de la Loire, de Vire à Argentan, se reliant avec la 4ème division du 21ème corps vers La-Ferté-Macé.

 

V. La direction des douanes de Charleville

 

Début septembre, à la chute de l’Empire, la direction des douanes de Charleville a perdu une bonne partie de ses éléments à Sedan, une autre partie est enfermée dans Mézières, assiégée par les allemands. A priori, il s’agit des éléments du bataillon de Rocroi.

 

Il faut aussi mentionner les unités des douanes à Rocroi (investie le 6 janvier 1871) et à Maubeuge.

 

VI. Autres participations douanières au conflit 

 

Il convient de noter que les préposés du service actif des douanes et des contributions indirectes sont dispensés du service dans la garde nationale mobile. Néanmoins, comme de nombreux agents n’ont pas été embrigadés dans le corps militaire des douanes, un certain nombre, à titre individuel, se sont portés volontaires dans la garde mobile. Ils ont donc participé aux combats de ce conflit dans les unités de l’armée. 

 

Voici les noms des employés du service des bureaux s’étant portés  volontaires :

 

– Bourguet (commis principal à Perpignan) : officier dans les francs-tireurs ;

– Bruand : capitaine à la 3ème compagnie du 1er bataillon des mobiles du Doubs ;

– Caise (direction de Paris) : capitaine au 16ème bataillon des  mobiles de la Seine ;

– Clausse (direction de Bourg) : capitaine des mobiles de l’Ain ;

– Denis du Désert (direction de Rouen) : officier porte-drapeau dans la 1ère Légion du Calvados ;

– De Saint Quentin (vérificateur à Vireux) : capitaine des mobiles du Pas de Calais ;

– Dyel de Graville (direction de Rouen) : capitaine au 94ème régiment de marche ;

– Loiseau (lieutenant des douanes) : capitaine de la 5ème compagnie du 5ème bataillon des mobiles du Haut-Rhin ;

– Olivier (receveur à Saint Pierre d’Oléron) : capitaine d’artillerie des mobiles de la 1ère batterie à pied de la Charente-Inférieure (forts de Lyon) ;

– Papereux (direction de Paris) : capitaine au 202ème bataillon de la garde nationale de Paris ;

– Poyvre (direction de Nantes) : capitaine dans le corps des mobilisés.

 

 

 

 

 

Rémy Scherer

 

(A suivre) 

 

 

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