La Saint-Matthieu, chronologie d’une tradition douanière
« Depuis quand l’apôtre Matthieu est le saint patron des douaniers ? » interrogeait un panneau affiché sur la façade du Musée National des Douanes de mai 2025 à août 2026. N’est-ce pas le propre des traditions de paraître immémoriales, recouvrant d’un voile d’éternité les omissions de la mémoire collective ? Dans cette quête des origines de la Saint-Matthieu, l’AHAD vous propose une ébauche de chronologie qui a vocation à s’étoffer, identifiant sous la plume du père de la préhistoire et mémorialiste de la gabelle, Jacques Boucher de Perthes, la première revendication écrite de ce patronage dans son « Petit glossaire » (1835) à l’entrée du mot « douanier » :
“Le douanier est aussi vieux que le monde ; sous le nom de publicain, on le retrouve dans l’ancien comme dans le nouveau testament, et il fait presque partie de la foi. Saint Matthieu est dit-on leur patron.”
En ce début de XXIe siècle, quel sens donner à ce patronage dans une République laïque ? Il semble loin le temps où “tout le personnel des fermes, jusqu’aux plus petits commis, devaient appartenir à la religion catholique romaine” conformément à l’article X de l’ordonnance de juillet 1681, comme le rappelle Yves Durand dans “Les fermiers généraux au XVIIIe siècle”.
Si saint Matthieu constitue une figure de la tradition chrétienne, la célébration de ce patronage revêt le caractère d’un évènement collectif, traditionnel et festif de type fête patronale annuelle, associé à des valeurs laïques que la douane peut célébrer sans méconnaître le principe de laïcité constitutionnellement garanti, conformément à la jurisprudence administrative :
- la confiance et le courage : saint Matthieu est « l’homme de la confiance » selon Claude Pezard, ancien président de l’Amicale de la Saint-Matthieu, celui qui a eu le courage de tout quitter pour répondre à l’appel du Christ : « Suis-moi. Il se leva et le suivit » (Matthieu 9,9) ;
- la fierté d’être douanier : surprenant les commentateurs, et contrairement aux autres évangélistes qui l’appellent « Lévi, fils d’Alphée», l’apôtre a choisi de se baptiser lui-même « Matthieu (de l’hébreu « don de dieu ») le publicain », malgré le mépris alors associé à cette profession, et a parsemé son évangile de 80 références financières et techniques, comme l’ont relevé les époux Alfons et Jutta Pausch dans leur étude sur l’iconographie de saint Matthieu* ;
- la solidarité et la convivialité douanière : avant de suivre le Christ et de quitter ses fonctions, saint Matthieu a convié ses collègues publicains à un festin pour partager avec eux sa révélation de la parole de Dieu (Luc 5, 29) ;
- l’humilité et la probité en douane : les figures bibliques de publicains, à l’instar de Zachée qui grimpa sur un sycomore pour apercevoir le Christ, ont été invitées à faire preuve d’humilité et de probité : « Il vint aussi des publicains pour se faire baptiser et ils dirent : Maître que faut-il que nous fassions ? Il leur répondit : N’exigez rien au-dessus de votre tarif » (Luc 3, 13).
Comme le rappelait Claude Pezard dans l’annuaire 1986 de l’Amicale de la Saint-Matthieu, “La reconnaissance d’un patron est certainement source d’unité, de cohésion d’un corps, ou d’une collectivité, rassemblé autour des valeurs qu’il a incarnées. La plupart d’entre nous peuvent faire leurs, ces valeurs. Célébrer saint Matthieu me parait signifier d’abord que nous sommes tous membres d’une même organisation administrative au service de l’Etat, et de la Nation, en acceptant de remplir des tâches certes différentes mais orientées vers les mêmes objectifs d’intérêt général et de bien commun, chacun dans son rôle irremplaçable, avec ses satisfactions et ses servitudes”.
“Et par saint Matthieu, vivent les douaniers”. Bon 21 septembre à tous !
Kevin Mills
1835 : Publication du « Petit glossaire : traduction de quelques mots financiers, esquisse de mœurs administratives » dans lequel Jacques Boucher de Perthes indique à l’entrée du mot « douanier » : « Saint Mathieu est dit-on leur patron » (p. 229) ;

Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
1863-1868 : Publication des mémoires de Jacques Boucher de Perthes intitulées « Sous dix rois, Souvenirs de 1791 à 1860 » dans lesquelles l’auteur multiplie les références à ce patronage en érigeant « le métier de saint Mathieu » (Tome premier, p.138), « la robe de saint Mathieu » (Tome deuxième, p.255), « les enfants de saint Mathieu » (Tome quatrième, p.369) en périphrases de la vocation douanière, qu’il résume de la manière suivante : « Je ne sacrifie plus qu’à saint Mathieu : je me suis fait douanier corps et âme ; je bois, je mange, je dors et je ne pense à rien : c’est l’esprit du métier. » (Tome premier, p. 505) ;

Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
10 avril 1934 : Bref apostolique proclamant saint Matthieu patron de la garde des finances italienne ;
PIUS PP. XI
Ad perpetuam rei memoriam. Exponendum Nobis curavit dilectus filius supremus dux militum rei aerariae praepositorum in Regno Italico sibi admodum in votis esse ut etiam subjecti sibi milites, sicut aliae ex regiis copiis, peculiari coelesti Patrono donentur ut ad grave officium suum adimplendum divinum auxilium facilius consequantur. Ab istis enim militibus, qui rei aerariae tuendae intendunt, in alpestribus locis ad patriae fines sive ad maris litora, asperrima saepe et periculis plena ducitur vita, quae, etsi praepositorum studiosa cura et amore haud careat, divino tamen solacio et coelesti praesidio peculiari modo indiget. Libenter igitur, paterna caritate compulsi, eorumdem militum, quos memoravimus, supremi ducis preces, commendatione suffultas Venerabilis Fratris Archiepiscopi tit. Petrensis, Ordinarii miltaris in Italia, exaudire decrevimus, ut etiam vigiles Italiae finium custodes validum habeant apud Deum intercessorem. Conlatis igitur consiliis cum Dilecto Filio Nostro Camillo Sanctae Romanae Ecclesiae Cardinali Laurenti, Protodiacono Sanctae Mariae Scalaris, Sacrorum Rituum Congregationis Praefecto, motu proprio atque ex certa scientia ac matura deliberatione Nostris, deque Apostolicae Nostrae potestatis plenitudine, praesentium Litterarum tenore, Sanctum Matthaeum Apostolum et Evangelistam, qui, ut legitur in Evangelio, anteqam a Christo Domino ad sui sequelam vocaretur, publicani munere fungebatur, italorum militum aerario praepositorum coelestem apud Deum Patronum constituimus ac declaramus. Haec edicimus, statuimus ; decernentes praesentes Litteras firmas, validas atque efficaces jugiter exstare ac permanere; suosque plenos atque integros effectus sortiri et obtinere ; illisque, ad quos spectant sive spectare poterunt, amplissime suffragari ; sicque rite judicandum esse ac definiendum ; irritumque ex nunc et inane fieri si quidquam secus, super his, a quovis, auctoritate qualibet, scienter sive ignoranter attentari contigerit. Non obstantibus contrariis quibuslibet, Datum Romae, apud Sanctum Petrum, sub anulo Piscatoris, die X mensis Aprilis anno MCMXXXIV, Pontificatus Nostri decimotertio.
E. Card. Pacelli a Secretis Status.
PAPE PIE XI
Pour en garder un souvenir perpétuel. Notre cher fils, le Commandant en chef de la Garde des Finances du Royaume d’Italie a eu à cœur de Nous exposer son vif désir que les troupes qui sont sous ses ordres – comme d’autres troupes royales – soient confiées à un saint patron particulier, afin qu’elles obtiennent plus facilement le secours divin pour remplir leur importante mission. En effet, ces soldats dont la fonction est de veiller aux intérêts du Trésor public mènent dans les pays alpins aux frontières de la patrie ou sur les rivages maritimes une vie souvent très rude et pleine de dangers ; et même si la sollicitude attentive et l’amour de leurs supérieurs ne leur font pas défaut, ils ont cependant besoin du réconfort divin et de la protection céleste d’une manière particulière. C’est donc volontiers que, poussé par un amour paternel, Nous avons décidé d’exaucer la demande du Commandant en chef des troupes susdites, soutenue par la recommandation de notre Vénérable Frère l’Archevêque du siège titulaire de Pétra, Evêque aux Armées en Italie, afin que les gardes chargés de surveiller les frontières de l’Italie aient aussi un puissant intercesseur auprès de Dieu. Ayant donc écouté l’avis de notre Cher Fils le Cardinal de la Sainte Eglise Romaine Camillo Laurenti, Protodiacre de Sainte Marie de la Scala, Préfet de la Sacrée Congrégation des Rites, de Notre propre chef, en vertu d’une connaissance assurée, après mûre délibération et avec la plénitude de Notre Pouvoir Apostolique, selon la teneur de la présente Lettre, nous établissons et déclarons saint Patron auprès de Dieu du Corps de la Garde des Finances italienne l’Apôtre et Evangéliste Saint Matthieu qui, comme on le lit dans l’Evangile, avant d’être appelé par Notre Seigneur Jésus-Christ à le suivre, exerçait les fonctions de collecteur d’impôts de l’Etat. Voilà ce que nous déclarons et établissons, décidant que la présente Lettre soit et demeure ferme, solide et immédiatement efficace, qu’elle obtienne et conserve ses pleins et complets effets, qu’elle favorise très largement ceux qu’elle concerne ou pourra concerner. Nous décidons que c’est de cette manière, selon le rite, qu’il faut juger les choses et les définir. Que s’il arrive que quiconque, n’importe quelle autorité entreprenne, sciemment ou dans l’ignorance, de faire autrement, cette entreprise soit dès à présent sans effet et sans valeur. Rien ne s’y opposant. Donné à Rome, à Saint-Pierre, sous le sceau du Pêcheur, le 10 avril 1934, en la treizième année de Notre Pontificat.
Son Eminence Cardinal Pacelli, Secrétaire d’Etat (1)
11 novembre 1948 : Publication en brochure du plaidoyer « Un patron pour les agents du fisc – Saint Matthieu, douanier à Capharnaüm » par le Révérend Père Henri Condou, curé à Ferrières (65), dont la dédicace et la note liminaire sont reproduites ci-après :
“A mon frère, Jean Condou, brigadier des douanes, dont la haute conscience professionnelle et la piété éclairée m’ont inspiré ce travail
Au Moyen âge, à cette époque où la foi régentait la vie, chaque métier et corporation avait son céleste patron que maîtres et compagnons saluaient comme le protecteur attitré de leur âme et de leur profession. Au jour de sa fête, échoppes et boutiques fermaient. La corporation toute entière, groupée derrière la bannière du saint, défilait bruyamment dans les rues étroites et se rendait à l’église. C’était un jour de repos et de liesse.
Les agents du fisc avaient-ils alors leur patron ? Nous l’ignorons. S’ils veulent aujourd’hui un protecteur haut placé, qu’ils ouvrent l’Evangile. Dès les premières pages, ils trouveront Matthieu, douanier à Capharnaüm, que le Christ arracha à son bureau et dont il fit un apôtre et un évangéliste. En son métier, ils reconnaîtront le leur.
Comme eux, saint Matthieu connut de longues attentes et les pénibles déceptions.
Comme eux, il supporta les intempéries des saisons et les quolibets de la foule.
Comme eux, il fut souvent aux prises avec quelque délinquant sans scrupule.
Comme eux, il fit face à la monotonie des jours et à l’inévitable impopularité.
Les saints du ciel n’oublient pas leurs années de la terre. S’ils ont quelque prédilection, ils la réservent à ceux qui passent par les mêmes épreuves.
Que les agents du fisc se souviennent de leur ancêtre, Matthieu, aux heures calmes comme aux heures dures, qu’ils l’invoquent. Ils ont toutes les chances d’être compris et exaucés.”

Septembre-décembre 1952 : Publication dans les 9e et 12e numéros de la revue technique mensuelle de l’administration des douanes et accises belge de deux articles consacrés à ce patronage :
- « Saint Matthieu, Patron des Douaniers, priez pour nous ! »
Eh oui, les douaniers ont un patron ! Fiers d’une science neuve, comme le bon La Fontaine après sa découverte d’Habacuc, j’allais par les chemins, criant à tout venant : “Connaissez-vous le patron des douaniers ?”. Et Pierre et Jean, et Louise et Madeleine ouvraient des yeux ronds, me prenaient pour un toqué, plissaient des lèvres sceptiques : “Les douaniers, un patron ? Un saint sorti de cette bande d’écorcheurs, de rançonneurs, d’é… (la litanie des injures serait trop longue, elle serait injuste)… est-ce possible ? Pourquoi pas ? Les carriers ont St Clément, les menuisiers St Joseph, les forgerons St-Eloi, les jardiniers St Fiacre, les avocats St-Yves et les pouilleux St Benoit Labre. Pourquoi les douaniers n’auraient-ils pas le leur ? Une blague de journaliste ? Saint François de Sales, patron des journalistes, m’en voudrait. Rien de plus sérieux. C’est un patron des plus authentiques, un homme de métier, un fonctionnaire qui ne s’en laissait pas conter, s’y connaissait en roublardises, d’un flair à découvrir des diamants cachés dans le sabot d’un cheval et la vérité dans les paroles du Sage. Un vrai douanier, accueillant, sympathique, aimable, délicat… vertueux. Les curés ont attendu dix-neuf siècles avant d’avoir un patron : St. Jean Vianney, curé d’Ars. Quant aux douaniers, ces parias de la société, ils sont les élus de Dieu ; ne comptent-ils pas leur saint, en tête de liste, parmi les douze Apôtres du Christ ? Ils sont de la Confrérie de St Matthieu. Le 21 septembre, douaniers de Belgique, de France et de Navarre, de Hollande et d’Espagne, de toutes les frontières des pays du monde, avec un accent différent mais d’un même cœur, diront : “Saint Matthieu, patron des douaniers, priez pour nous”.
- « Au rang des plus grands écrivains, le douanier Matthieu »
Il s’est défini lui-même : « scribe parfaitement instruit en ce qui concerne le royaume de Dieu ». Un publicain, un agent des douanes et accises, n’est jamais un illettré. Il sait lire, écrire et surtout calculer. Les occasions d’aiguiser sa faculté d’observation et sa connaissance de l’homme ne lui manquent pas et non pas moins celles d’affiner sa plume. L’art est une longue patience. La patience n’est-elle pas vertu de douanier ? Lévi, devenu Matthieu, douanier entré au collège apostolique, fut et reste un grand écrivain. Depuis plus de dix-neuf siècles, son livre, le premier Évangile, est lu et relu par des millions de lecteurs fervents. Ce que les Américains appellent un « best seller », le livre de Matthieu l’a été dès l’an 44 et n’a cessé de l’être. Les siècles ne l’ont pas usé. Il est toujours d’actualité. D’un pôle du monde à l’autre, on le lit en toutes langues. L’avenir ne pourra mordre sur la fermeté de ses pages. C’est un livre dont la saveur et la valeur défient les temps, un chef-d’œuvre d’un génie plus qu’humain. Un poète moderne, Paul Claudel, dans la galerie lyrique des douze apôtres de « Corona Benignitatis Anni Dei », dépeint l’ancien douanier écrivain :
“C’est Matthieu le publicain qui eut cette idée le premier,
Sachant la force d’un écrit, de coucher en noir sur le papier
Jésus, exactement ce qu’Il a dit et ce que nos yeux ont vu.
C’est pourquoi retrouvant l’ancien outil qui servait jadis à ses calculs,
Consciencieux, tranquille, imperturbable comme un bœuf,
Il commence lentement à labourer son grand champ de papier neuf,
Il fait son sillon, revient, prend l’autre, afin que rien ne soit omis,
Ce que sa mémoire lui offre et ce que dicte le Saint Esprit,
Non point pour un temps seulement, mais pour toute l’Église indivisible,
Le Verbe de Dieu avec nous en ces petites lignes inflexibles.
« En ce temps-là » le Maître dit ceci, vint là, et fit telle action.
Ce n’est pas son affaire de donner aucune explication.
Il n’y a aucune raison de le croire, sinon qu’il dit vrai.
Il n’y a aucune raison à Dieu autre, sinon qu’Il Est.
Et parfois notre sens humain s’étonne, ah, c’est dur ! et nous aimerions mieux autre chose.
Tant pis ! le récit tout droit continue, il n’y a repentir ni glose.
Voici Jésus au delà du Jourdain, voici l’Agneau de Dieu, voici le Christ,
Voici, qui ne changera jamais, le Verbe écrit.
Le nécessaire seul est dit, et partout un petit mot irréfragable
Barre à point nommé l’ouverture de l’hérésie et de la fable,
Pousse un chemin rectiligne par le milieu
De ceux-là qui nient qu’il est homme, de ceux-là qui nient qu’il est Dieu,
Pour l’édification des Simples et la perdition de ceux qui ne le sont pas,
Pour la rage, agréable au Ciel, des savants et des prêtres renégats.” (2)
Inflexible, le douanier se doit de l’être parfois. Inflexibilité, non pas rigidité, brutalité, mais force d’éliminer de la vie comme de l’art le mensonge, la fraude et tout le fatras des ornements vains. Inflexible, l’art de l’écrivain Matthieu n’en est que plus net. Car c’est un artiste. Il n’a pas la sensibilité exquise et pittoresque de St. Marc, l’ordonnance savante, presqu’atique, de St. Luc. Il a l’écriture sobre et sereine d’un douanier. Il s’intéresse à la substance plus qu’aux apparences ou aux détails. Il cherche plus à prouver qu’à charmer. Son texte est comme une amande qu’il faut briser pour en saisir et en savourer le fruit. Son œuvre, habilement, simplement construite, ouvre la vision d’un autre monde, le surnaturel, le divin. Elle est la mise en scène du drame de l’homme cherchant à se dépasser. Le douanier Matthieu, admirable dans l’art d’écrire et de composer, tient donc une première place dans la littérature mondiale. Son style garde l’éclat inimitable, unique, du témoin qui rapporte fidèlement ce qu’il a vu et entendu. C’est mieux que de la littérature. À le lire, on oublie l’écrivain. On entend, semble-t-il, sortir des paysages palestiniens, la parole même lumineuse et créatrice du Maître.

20 septembre 1953 : Première célébration en métropole de la fête patronale à l’église paroissiale de La Crèche, hameau de Bailleul (59), à l’initiative conjointe des douaniers casernés au lieu-dit « Le Seau », réunis en « Amicale de la Saint-Matthieu », et de l’abbé Auguste Paul Julien Cnapelynck (1908-1986), curé de la paroisse, dont les deux neveux, Gérard et Bernard Cnapelynck, étaient agents des douanes ;

Eglise de La-Nativité-Notre-Dame – Hameau de La Crèche, Bailleul (59)
Photographie : Kevin Mills (collection privée)
1955 : Première célébration en Martinique de la fête patronale ;
1956 : Publication dans le numéro 56 du Journal de la formation professionnelle (avril-mai 1956) d’un article intitulé « Saint Matthieu, patron des douaniers » reproduisant le « Codex Egberti », antique manuscrit de la Bible représentant le douanier Lévi Matthieu assis au péage de la ville de Capharnaüm recevant sa vocation comme apôtre ;

Janvier 1957 : Publication dans le numéro 62 du Journal de la formation professionnelle (janvier 1957) d’un article intitulé « Douane et histoire sainte. Saint Matthieu douanier à Capharnaüm » dans lequel Lucien Borgès évoque la brochure du Révérend Père Henri Condou parue en 1948 ;
7 octobre 1957 : Bref apostolique proclamant saint Matthieu patron céleste des agents du fisc du diocèse de Lille, suite à la supplique adressée à la Sacrée Congrégation des Rites par le Cardinal Liénart, Évêque de Lille, sur initiative de l’abbé Cnapelynck ;
Saint Matthieu, patron des douaniers et des agents du fisc dans le diocèse de Lille
Par sa situation géographique, le diocèse de Lille est un diocèse frontière. Ce n’est pas là sans doute un cas exceptionnel. À s’en tenir uniquement à la France, beaucoup d’autres diocèses voisinent avec des pays étrangers, que sont la Belgique, le Luxembourg, l’Allemagne, la Suisse, l’Italie ou l’Espagne. Pourtant, une chose est à noter pour le diocèse de Lille. Occupant la partie septentrionale du département du Nord, la plus étirée, la zone frontière est considérable par rapport à sa superficie ; elle s’étend en effet, de la côte de la Mer du Nord jusqu’au sud de Lille, sur une bonne centaine de kilomètres. Comme, par ailleurs, la région jouit d’une grande activité industrielle et commerciale et qu’elle est très peuplée, les points de passage entre la France et la Belgique y sont nombreux, points de passage qui sont gardés, comme on le sait, par des postes de douaniers. Aussi, ces fonctionnaires représentent-ils un élément important de la population d’un certain nombre de paroisses du diocèse.
Or, depuis quelques années, les douaniers de l’une de ces paroisses, celle de Bailleul – La Crèche, avaient pris l’habitude, sur l’initiative de leur curé, M. l’abbé Cnapelynck, d’honorer saint Matthieu, l’apôtre qui, avant de répondre à l’appel du Seigneur, percevait les taxes au bureau des douanes de Capharnaüm. Au jour de sa fête, ils se rassemblaient dans la charmante église du Hameau et fêtaient solennellement celui qu’ils considéraient déjà comme leur patron. Faisant écho à cette cérémonie, le Bulletin national des douanes souhaitait que la fête de saint Matthieu devînt la fête patronale des douanes.
Pour répondre au vœu des chefs et des préposés de la douane, S. Em. Le Cardinal Liénart, évêque de Lille, a adressé une supplique au Souverain Pontife, exprimant le désir que Saint Matthieu apôtre et évangéliste, fût proclamé patron et protecteur du personnel des douanes et des agents du fisc. Le Saint Père a daigné agréer cette demande, et nous publions ci-après le texte même du décret de la Sacrée Congrégation des Rites.
Et nous ne doutons pas que les agents du fisc, si nombreux dans le diocèse de Lille, ne soient heureux d’apprendre, en même temps que les chefs et les préposés de la douane, que saint Matthieu leur est également donné comme patron et protecteur céleste.
SACRA RITUM CONGREGATIO, utendo facultatibus a Sanctissimo Domino Nostro PIO PAPA XII. Tributis, attendis expositis peculiaribus adjunctis, benigne annuit PRO GRATIA juxta preces, et S. Matthaeum eorum qui serariae rei tuendae praesunt in Dioec. Insulensi, caelestem Patronum elegit atque constituit. Quibuscumque contrariis minime obstantibus. Die 7 Octobris 1957. G. Card. Cicognani, S. R. C. Praef.
La Sacrée Congrégation des Rites, en vertu des pouvoirs qui lui ont été accordés par Notre Saint-Père le Pape Pie XII, vu les motifs particuliers exposés, a accédé volontiers, à titre de faveur, à la demande présentée, et a choisi et établi S. Matthieu comme Patron céleste des agents du fisc du diocèse de Lille. Nonobstant toutes dispositions contraires. Le 7 octobre 1957. G. Cardinal Cicognani, Préfet de la Sacrée Congrégation des Rites. (3)
1958 : Réalisation par l’inspecteur élève Herbaut (9e session) d’une peinture murale représentant « Saint Matthieu, patron des douaniers » à l’entrée du nouveau foyer de l’END Neuilly, reproduite en couverture du n° 80 de décembre 1958 du Journal de la Formation Professionnelle ;

2 novembre 1958 : Publication dans “La Libre Belgique” d’un article intitulé “Saint Matthieu, patron des douaniers” rédigé par André Mabille de Poncheville :
Sa Sainteté Pie XII vient de proclamer tel celui qui fut en son vivant chef des publicains de Galilée, collecteur de péages et d’impots à Capharnaüm. Il a suffi qu’y pensât un curé de campagne, M. l’abbé Cnapelynck, dont la paroisse, Bailleul-la-Crèche, est sur la frontière franco-belge, et que S. Em. le Cardinal Liénart, évêque de Lille, introduisit au Vatican la supplique nécessaire. Celle-ci fut aussitôt agréée par le Saint-Père, afin que les préposés des douanes ne fussent pas privés plus longtemps d’un patronage attendu par eux depuis près de vingt siècles.
Ce fut vers l’an 30, en effet qu’un certain Lévi, expert en chiffres et en lettres, familiarisé avec les prophètes par les Écritures, vit un jour passer devant le bureau des péages Jésus de Nazareth, l’entendit prononcer seulement ces mots : “Suis moi” et abandonna aussitôt ses calculs pour répondre à son appel. Sur les bords d’un lac enchanteur, semés de coquilles de nacre en ce temps-là comme aujourd’hui, Lévi, devenu Matthieu, fut témoin de la pêche miraculeuse et des autres miracles du Christ, ensuite retracés par lui d’une main habituée à tenir le calame.
Chef des publicains de Capharnaüm, il les invita chez lui, après sa conversion, à un festin au cours duquel ils puissent entendre et comprendre la parole du Maître aussi bien que lui-même. Charité, donc, envers autrui. Humilité, non moins ; lorsqu’il fit le dénombrement des douze apôtres choisis par le Seigneur entre ses disciples, il n’hésita point à confesser qu’il avait exercé le métier décrié de collecteur d’impôts au profit de “l’occupant” romain. Cela, pour faire mieux ressortir l’excellence de la grâce reçue, qui avait fait de lui un témoin du Christ.
Après avoir composé son œuvre en araméen, langue parlée le plus souvent par Jésus, il la traduisit lui-même en grec, voulant la rendre accessible aux Juifs non seulement de Galilée ou de Judée, mais du monde méditerranéen tout entier. Son objectif n’était-il pas de leur prouver que Celui qui avait accompli de point en point, jusqu’au Calvaire, les paroles d’Isaïe et des autres prophètes, était bien le Messie attendu par Israël !
Quand les Apôtres se dispersèrent dans l’univers alors connu pour l’évangéliser, Matthieu annonça la Bonne Nouvelle en Égypte, où il vécut comme un ascète en ne se nourrissant que de légumes. Puis remontant le Nil et s’enfonçant profondément dans l’Afrique, il parvint en Éthiopie, où l’accueillit cet eunuque de la reine de Candace qu’avait naguère baptisé en Palestine le diacre Philippe. Assurément l’apôtre se souvenait-il que la reine de Saba avait été attirée dans ce pays lointain par la renommée du sage Salomon, et pensait-il qu’il avait a y introduire une bien autre Sagesse ! Il y manqua si peu qu’étant entre conflit, selon la tradition, avec les magiciens du pays, ils lui opposèrent deux épouvantables dragons ; mais le saint ayant fait sur eux le signe de la croix, rendit ces animaux doux comme des agneaux et les força de retourner dans leurs cavernes.
La tradition veut encore que la mort ayant enlevé l’une des filles du roi d’Éthiopie, nommée Egipe, ce prince appela les magiciens pour la ressusciter, mais vainement, tandis que Matthieu, ayant invoqué le nom de Jésus-Christ, la rendit à la vie.
Ce miracle fut cause de la conversion du roi, de la reine et de leurs enfants. Parmi eux, la princesse Iphigénie, merveille de beauté, résolut de consacrer à Dieu cette même virginité qu’autrefois l’Iphigénie grecque avait été obligée de sacrifier avec sa vie aux faux dieux. La Jeune Ethiopienne tint son serment lorsque son propre frère, Hirtace, eut l’incestueuse audace de vouloir l’épouser. Elle fut exhortée à lui résister par le saint qui lui avait conféré le baptême ; mais aussi ce dernier, poursuivi par les satellites armés d’Hirtace jusque dans l’église où il célébrait la messe tomba sous leurs coups et teignit l’autel de son sang. Ceci arriva vers l’an 70, l’année même où Titus prit et renversa de fond en comble Jérusalem, coupable d’avoir méconnu le Christ annoncé du fond des temps par Isaïe.
Saint Matthieu figure à bon droit près de l’antique prophète sur un vitrail de Chartres, cathédrale où fut apportée au moyen âge la moitié de son crâne, l’autre étant à la cathédrale de Beauvais. Par-dessus toutes choses, nous lui sommes redevables d’avoir saisi au vol quand il vivait près du Seigneur, les paroles prononcées par celui-ci le jour où il s’assit sur la montagne au milieu de ses disciples, les adorables Béatitudes qui n’ont pas fini de consoler les hommes : “Bienheureux les pauvres d’esprit, parce que le royaume des cieux est à eux. Bienheureux ceux qui sont doux, parce qu ‘ils posséderont la terre. Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu’ils seront consolés.”
Et tout le reste, quintescence de l’Évangile, exhortation à être pacifiques, à aimer nos ennemis, à chercher d’abord le royaume de Dieu. Mais sans doute suffit-il de rappeler que saint Matthieu fut le premier à transcrire le “Pater” tel qu’il entendit un Dieu l’enseigner aux hommes.
1965 : Constitution de « l’Amicale de la Saint-Matthieu » en association, dont les statuts sont déposés et enregistrés à la sous-préfecture de Dunkerque sous le n°2114 ;
1971 : Bénédiction par Mgr Dupont d’une statue en bois d’une hauteur de 90 cm et d’un poids de 20 kg représentant saint Matthieu, sculptée par Adrien Cauchie, douanier et peintre sculpteur de Hondschoote (59). Volée en août 1984, cette œuvre a été remplacée en 1986 par une statuette de Desagher, artiste de Bergues, bénie par Mgr Motte, évêque auxiliaire de Cambrai et conservée à l’église paroissiale de La Crèche ;

Photographie : Véronique Charles-Defief (collection privée)
21 septembre 1976 : Création en Belgique de « L’association de la Saint-Matthieu » à Mons ;
Années 1980 : Première célébration de la fête patronale de la Saint-Matthieu par les douaniers luxembourgeois, inspirée du modèle français ;
1983 : Exposition au Musée national des douanes du portrait de Saint Matthieu de l’école de José de Ribera, tableau cédé à titre gracieux par l’administration des douanes aux Musées de France et affecté au musée des douanes à Bordeaux ;
Dans leur étude consacrée aux représentations picturales de Saint-Matthieu intitulée « Le douanier-apôtre Matthieu, Saint patron du personnel des finances » (1986), Alfons Pausch et Jutta Pausch ont admirablement commenté le regard et l’expression du futur apôtre :
« Devant un visage reflet de l’esprit, nous restons songeurs. L’image est comme l’instantané d’un moment crucial. Matthieu vient d’entendre l’appel : « Suis-moi ! ». Il écoute. Il est affecté, troublé, en proie au doute, effrayé. Ce n’est pas un sentiment d’exaltation qui l’envahit ici. Il est sous l’emprise d’un défi existentiel. La voix est-elle réelle ? Faut-il la prendre au sérieux ? En suis-je digne ? Dois-je lui obéir ? En suis-je capable ? À quoi renoncé-je ? À quoi dois-je m’attendre ? C’est un moment de la plus haute tension du cœur et de l’esprit, en contact si soudain avec une puissance d’un autre monde. Le clair-obscur des couleurs exprime la lutte entre les exigences terrestres et célestes. La tête émerge déjà des ténèbres de l’inconscient. Le visage est tourné vers la lumière. Deux étoiles dans les yeux, des étincelles divines, indiquent le début de l’illumination, la percée, la conclusion et la déclaration finale : « Seigneur, je te suis, mais tiens-moi fermement la main. ». C’est l’heure suprême de la foi. Le passage d’une distance dédaigneuse à une humble confiance en Dieu, que l’artiste a donné à voir ici à tous, de manière intemporelle et exemplaire. » (4)

©Musée national des douanes, France – Photographe : Alban Gilbert
1986 : Publication du livre « Der Zöllner-Apostel Matthäus, Schutzpatron des Finanzpersonnals » (Le douanier-apôtre Matthieu, saint patron du personnel des finances) dans lequel les époux Alfons et Jutta Pausch recensent les représentations iconographiques de saint Matthieu et évoquent son patronage des administrations douanières et financières européennes ;

16 décembre 1986 : Décès de l’abbé Cnapelynck, créateur et organisateur de la fête patronale de la Saint-Matthieu de 1953 à 1986 ;

Source : Archives diocésaines de Lille
3e trimestre 1986 : Publication de l’annuaire 1986 de “l’Amicale de la saint Matthieu patron des agents des douanes” dont le président Claude Pezard rappelait les valeurs en ces termes :
La fête annuelle de Saint-Matthieu, traditionnellement célébrée dans la région un dimanche proche du 21 septembre, ne connait pas la participation qu’elle me semble devoir mériter.
Chaque profession, spécialité, voire chaque ville, a son patron : ainsi les artilleurs ont choisi Sainte-Barbe, les cordonniers Saint-Crépin, les musiciens Sainte-Cécile, la ville de Paris Sainte-Geneviève. Il était naturel que les agents des administrations financières aient le leur. Ce fut fait en 1953 à l’initiative des douaniers de Bailleul, appuyés par le Cardinal Liénart, alors évêque de Lille. Ce choix fut ratifié par le Pape en 1957.
La reconnaissance d’un “patron” est certainement source d’unité, de cohésion d’un corps, ou d’une collectivité, rassemblé autour des valeurs qu’il a incarnées. La plupart d’entre nous peuvent faire leurs, ces valeurs. Célébrer saint Matthieu me parait signifier d’abord que nous sommes tous membres d’une même organisation administrative au service de l’Etat, et de la Nation, en acceptant de remplir des tâches certes différentes mais orientées vers les mêmes objectifs d’intérêt général et de bien commun, chacun dans son rôle irremplaçable, avec ses satisfactions et ses servitudes. L’Amicale propose donc de vivre chaque année la fête des Administrations financières, fête du préposé, de l’agent de constatation comme du directeur régional, dans le respect de chacun et la joie de partager une journée en commun.
Célébrer saint Matthieu signifie aussi que le métier n’est pas le tout de l’homme. St Matthieu a osé faire un pas définitif : abandonner son poste de travail pour suivre le Christ. Quel exemple hors du commun ! Rares sont ceux parmi nous qui aurons l’audace de marquer une telle rupture, mais cette décision extraordinaire peut nous faire comprendre que notre “réussite” personnelle ne se limite pas au succès professionnel et qu’il existe aussi des réalités de la vie familiale, de la citoyenneté où nous sommes appelés à jouer un rôle essentiel. Faut-il ajouter que la réflexion sur le sens de notre vie doit nous conduire individuellement à dépasser le cadre professionnel pour développer nos facultés, notre ouverture aux autres et sur le monde ?
A la différence de St Thomas, St Matthieu est l’homme de la confiance. Rejetons donc l’indifférence paralysante, le repli sur soi, les préjugés hors de saison et retrouvons-nous le 21 septembre 1986 dans la joie d’une fraternité sans cesse à renforcer. Tel est le but essentiel de l’Amicale.

Autocollants de l’Amicale de la Saint-Matthieu conservés aux archives diocésaines de Lille
1990 : Publication de « La douane et les douaniers », dans lequel Jean Clinquart évoque brièvement ce patronage : « On sait qu’avant de devenir l’un des Évangélistes, Matthieu a été publicain en Palestine. En revanche, on ignore généralement que les douaniers l’ont choisi pour patron » (p.16-17) ;

13 juillet 1991 : Adoption d’un programme d’action de l’Union européenne en matière de formation professionnelle des fonctionnaires des douanes baptisé « Matthaeus », reconnaissant la Saint-Matthieu comme une tradition douanière européenne. La fête patronale est également célébrée en Afrique comme en témoignent les traditions gabonaises et béninoises ;
Décembre 1992 : Publication par l’AHAD dans le n°13 des Cahiers d’histoire des douanes françaises d’un article intitulé « Mathieu-Lévi, un douanier au destin mystique », dans lequel Alain Higounet évoque la figure biblique de Saint Matthieu, ainsi que son histoire telle que rapportée par la tradition chrétienne ;
1994 : Inauguration du Musée de la Vie Frontalière à Godewaersvelde dont l’allée pavée est bordée de deux chapelles d’arbre (boomkappelle) dédiées, l’une, à gauche, à saint Matthieu patron des douaniers et l’autre, à droite, à saint Michel patron des fraudeurs. Ce musée est également la résidence du géant « Henri le Douanier », créé l’année de son inauguration par Adrien Wicart, chef de l’interrégion de Lille de 1993 à 1995, qui est traditionnellement de sortie le 21 septembre ;

Photographie : Kevin Mills (collection privée)
13 décembre 1999 : Parution au Journal Officiel de la République Française de l’arrêté portant création d’un traitement automatisé de gestion des unités de surveillance MATHIEU (Management automatisé des travaux, horaires, indemnités et écritures des unités) ;
29 mai 2003 : Publication par l’IGPDE du livre « Par le Cor et la Grenade », premier prix du concours autobiographique « Pour la mémoire des douanes » dans lequel René Drelon évoque le berceau nordiste de la fête patronale de la Saint-Matthieu (p. 76 ; p. 175-176 ; p. 181-189) :
“Fils de France… Croisez-vous ! Pour l’honneur de Saint Matthieu.”
Car Saint Matthieu, patron des douaniers avait une chapelle consacrée à La Crèche près de Steenwerck. C’était notre saint. Un ex-percepteur de Jérusalem, lapidé par les impies pour son attachement à Jésus disait l’Église. Parce que c’était une vraie bourrique murmuraient les francs-maçons. Quoi qu’il en soit, les gabelous en avaient fait leur patron. Les autres professions s’honoraient d’avoir des grands saints, glorieux et mondialement connus. Saint Michel et son épée, Saint Georges et sa lance, Saint Christophe et ses médailles, Saint Gabriel et sa trompette. La Gabelle avait adopté Saint Matthieu, apôtre, évangéliste dont les écrits sont aux chrétiens ce que le Code des Douanes est aux gabelous !
D’ailleurs, même chez les siens, il restait presque un inconnu. Il n’était fêté que sur les frontières du Nord, en particulier dans les directions de Lille et de Dunkerque. Autre part on ne le connaissait pas. Il faut dire que l’Administration ne faisait rien pour arranger les choses, par un sordide souci d’économie, elle ne le fêtait pas.

Source : René DRELON, Par le Cor et la Grenade, Comité pour l’histoire économique et financière de la France / IGPDE, « Mémoires », Paris, 2003, p. 175-176.
2011 : Première édition du recueillement douanier à l’Arc de Triomphe à l’occasion de la Saint-Matthieu sur initiative de l’Association Nationale des Anciens Combattants et Victimes de Guerre des Douanes (ANACVDG) ;
2018 : Création du cri de ralliement « Et par saint Matthieu, vivent les douaniers ! » à l’initiative des quatre jalonneurs du bataillon des douanes, à l’issue d’une journée d’entraînement pour le défilé du 14 juillet ;
18 septembre 2024 : Publication sur le site internet de l’AHAD d’un article intitulé « Matthieu le publicain, douanier écrivain ? » dans lequel Kevin Mills évoque la figure littéraire de l’Apôtre et Évangéliste, saint patron des douaniers ;
Mai 2025 – août 2026 : Affichage sur la façade du Musée national des douanes (côté quai de la douane) d’un panneau reproduisant le portrait de saint Matthieu de l’école de José de Ribera portant l’inscription suivante : « Depuis quand l’apôtre Matthieu est le saint patron des douaniers ? » ;

Photographie : Kevin Mills (collection privée)
16 décembre 2026 : Commémoration du 40e anniversaire du décès de l’abbé Cnapelynck (1908-1986), créateur et organisateur de la fête patronale de la Saint-Matthieu de 1953 à 1986 ;
7 octobre 2027 : Commémoration du 70e anniversaire de la proclamation par le Pape de saint Matthieu comme patron et protecteur des douaniers français.
Notes :
1) Remerciements à M. Jean-Pierre Lemaire pour la traduction du bref apostolique
2) Paul Claudel, Corona Benignitatis Anni Dei, Gallimard, NRF, 1915
3) La semaine religieuse de Lille 1958
4) * Alfons Pausch und Jutta Pausch, Der Zöllner-Apostel Matthäus. Schutzpatron des Finanzpersonals, 2., erweiterte Auflage, Ed. Richard Müller, Verlag des BDZ Bonn, 1986, p. 36. Remerciements au BDZ Deutsche Zoll- und Finanzgewerkschaft pour avoir autorisé la reproduction de cet extrait. Remerciements au Deutsches Zollmuseum de m’avoir gracieusement communiqué un exemplaire de ce livre. Remerciements à Denise, Myriam et Pascal Hilout pour leur traduction.