Association pour l’Histoire de l’Administration des Douanes

Des douaniers militaires de l’an IX… aux militaires douaniers de 1870

Mis en ligne le 1 mai 2020

 

L’histoire administrative de la douane a fait l’objet de plusieurs études et l’essentiel de son évolution a été retracé. Cependant, l’histoire militaire comporte encore quelques zones d’ombre et l’épopée des douaniers militaires de l’an IX aux militaires douaniers de 1870 n’a pas encore vraiment fini d’être découverte…

 

Collection de l’auteur (*)

 

C’est une loi du 5 novembre 1790 rendue par l’assemblée constituante qui a créé la Régie des douanes, en même temps que la mise en place des tarifs et règlements. Pour en assurer l’exécution une véritable armée de préposés fut recrutée. Disséminés sur les côtes et les montagnes, ils formaient un véritable cordon de sentinelles vigilantes.

 

La vie militaire, l’organisation en régiments, en brigades, était alors une seconde nature qu’ils partageaient avec leur famille.

 

Toutes les brigades des douanes réunies formaient un ensemble de près de 25000 hommes, armés, équipés, disciplinés, habitués à tous les dangers et dotés d’un esprit de corps et d’une tenue parfaite qui en faisait la force d’une armée. Aussi, depuis sa création, l’idée d’incorporer la douane dans l’armée n’a échappé à aucun gouvernement.

 

Napoléon 1er, voulut la mettre à exécution, en 1801, alors qu’il était encore Premier Consul, il avait pour la première fois, attribué aux douaniers un uniforme vert. Plus tard, en 1806 avec le traité de Berlin et la mise en place du blocus continental, les brigades des douanes luttaient contre la contrebande en remplissant de plus en plus de fonctions militaires pour surveiller et défendre le littoral.

 

En 1810, dans une première tentative, il demanda à Louis Nicolas Davout « un projet d’organisation mettant sous ses ordres les brigades des douanes ». Puis, en 1812 il chargea le général de division Mathieu Dumas de tenter de convaincre le directeur général des douanes Jean-Baptiste Collin de Sussy, afin d’élaborer un projet de loi ayant pour but de constituer une force armée de 35000 douaniers, mais ce projet resta à l’état d’embryon.

 

Jacques Boucher de Perthes, inspecteur divisionnaire à Boulogne de mars 1811 à août 1812, rapportait à ce sujet qu’en septembre 1811, l’empereur était venu le voir, pour discuter du futur décret de militarisation des douanes. Il précisait également, qu’au cours d’un dîner avec le maréchal Ney, commandant du camp installé en vue d’un second projet d’expédition en Angleterre, celui-ci le félicitait «  »pour la collaboration et le service des douaniers ».» Il est vrai que les militaires étaient favorables à l’incorporation de la douane dans l’armée. Mais, en juin 1812, il signalait que François Ferrier, le successeur de Jean-Baptiste Collin de Sussy, avait fait connaître aux directeurs que «  »l’organisation militaire des brigades était remise à une époque très éloignée » ».

 

Boucher de Perthes « disposait alors de 300 agents, un cutter armé de 6 canons, le Sussy et diverses embarcations. Les préposés servaient aussi l’artillerie de concert avec les canonniers garde-côtes, leur militarisation allait de pair et leur engagement allait croissant face à la menace d’invasion. »

 

Mais, en octobre 1812, la Grande armée battait retraite, les derniers éléments étaient chassés de Russie Les brigades des douanes postées aux frontières se retrouvèrent bloquées dans les places fortes avec l’avancée progressive des coalisés.

 

Le 11 mars 1813, le général Joseph Morand, commandant la Poméranie suédoise, au bord de la mer Baltique, avec sous ses ordres des régiments d’infanterie, d’artillerie, la marine de la flottille impériale et les  »’douaniers de la province, soit 12 officiers, 260 hommes dont 25 à cheval,  »’décidait de se replier sur Hambourg.

 

Ayant franchi l’Elbe le 17 mars pour atteindre Zollenspenspeicker, en ne perdant au cours de ces journées «  »ni hommes, ni canons, ni bagages », » alors que l’ennemi avait à déplorer une centaine de tués et un grand nombre de blessés, le général Joseph Morand notait :  »« Je n’ai que des éloges à donner aux braves troupes sous mes ordres…Les canonniers de ligne, la marine impériale et  »’les employés des douanes »’ se sont conduits très courageusement. » »

 

Dans le même temps, le 12 mars, en Allemagne du Nord, le général Claude Carra Saint-Cyr à la tête de la 32éme division, quittait Hambourg avec toute la garnison ‘dont 200 douaniers’, pour rejoindre Borjedorf et s’en expliquait ainsi au ministre de la guerre, le général Henri Jacques, Guillaume Clarke, duc de Feldre :  »« C’est le meilleur moyen d’assurer ma jonction avec le général Joseph Morand, de tenir ferme à Lunebourg et à Haarbourg et, dans cette position je contiendrai mieux la ville de Hambourg et je serais plus sûr que si je m’enfermais dans ces murs, au risque d’avoir toutes espèces de retraites coupées. » »

 

L’empereur n’était pas de cet avis et répondait le 21 mars au ministre de la guerre : « « Faites connaître au général Carra Saint-Cyr qu’il a agi dans tout cela avec précipitation et sans garder son sang-froid (…) dites-lui qu’il faut qu’il tienne vis-à-vis de Hambourg avec le général Joseph Morand et tous les douaniers. »(2) »

 

Mais le général Joseph Morand, mourut avant d’atteindre Hambourg le 5 avril 1813, d’une blessure au ventre en prenant part à la défense de Lunebourg.

 

 

En raison des circonstances, le projet de militarisation des brigades des douanes que Napoléon dès 1810 avait demandé au maréchal Louis Nicolas Davout, prince d’Eckmuhl, duc d’Auerstaedt, de mettre en œuvre, allait trouver un commencement d’application le 17 août 1813. Ainsi, il ordonna au général Louis, François, Bertrand Du Pont d’Aubévoye comte de Lauberdiére, commandant alors le département de l’Ems dans la 32éme division militaire (Hambourg), d’organiser deux bataillons de 800 à 900 hommes avec les employés des douanes de la Direction de Lunebourg.

 

Le 1er bataillon des douanes impériales formé à Lunebourg fut alors dirigé sur Hambourg pour renforcer la garnison.

 

Le deuxième bataillon des douanes impériales restait sous les ordres du comte de Lauberdiére et partait prendre ses quartiers sur le Weser et l’Aller.

 

Il fut alors intégré dans une colonne comprenant d’autres bataillons, toujours sous le commandement du général comte de Lauberdiere et allait s’illustrer contre les Russes dans la campagne d’Allemagne. Il marchait sur Brème en s’emparant de la ville, puis entrait dans Hesel. Il livrait ensuite bataille sur le Haal, le Rhin, l’Yssel et venait enfin appuyer les corps engagés à Zutphen, Doesbeng et à Arhneim, avant de recevoir l’ordre de dissolution.

 

Il faut signaler que les familles des militaires douaniers suivaient le bataillon dans ses déplacement ce qui n’était pas sans poser problème. Le lieutenant général Lauberdiére , s’en épanchait ainsi au maréchal Davout : « Il est important de souligner que sur un bataillon de 800 à 900 douaniers il y avait sur le Hesco à Nienbourg et à Minden de 160 à 180 femmes et au-delà de 300 enfants. Malgré toutes les précautions prises, les ordres donnés pour les tenir derrière ou à l’écart de l’ennemi, pour les nourrir, les faire marcher ou alléger leur position, je ne puis dire le nombre de mutineries, de révoltes partielles et le danger d’une mutinerie générale du bataillon, qui eut lieu à Nimégue le 21 septembre 1813 et que seul et étouffé au milieu d’eux, il m’a fallu maîtriser. Tel est le grave inconvénient d’une véritable caravane, de femmes et d’enfants à la suite d’un bataillon si cet inconvénient n’est pas réglé ».(1)

 

Le 1er bataillon des douanes impériales de 900 hommes, venu de Lunebourg pour renforcer la garnison de Hambourg où le maréchal Davout avait établi son quartier général, défendait la place épaulé par deux bataillons de six compagnies, avec artillerie, cavalerie, élément naval.

 

Des douaniers, mais aussi des militaires formaient une compagnie choisie parmi les meilleurs tireurs sous les ordres du capitaine des douanes LAVANDEZE. Les hommes de cette unité étaient chargés de servir les énormes fusils de remparts et tenaient les forces ennemies à distance des bastions. Pour récompenser les douaniers de cette unité de leur bravoure, le maréchal leur accorda de porter sur la culotte, le passepoil aux couleurs de la Légion d’Honneur. Le directeur des douanes Pierre, François PYONNIER qui commandait le bataillon, fut nommé chevalier de l’Ordre Royal de la légion d’honneur et décoré à Hambourg par son excellence le prince d’Eckmuhl, pour l’action exemplaire des douaniers pendant le siège. La place de Hambourg assiégée depuis le 30 mai 1813, demeura invaincue jusqu’à la cessation des hostilités le 17 mai 1814.

 

Après la défaite de Leipzig, le 19 octobre 1813, tandis que le gros des troupes françaises passaient le Rhin et rentraient en France, en Dalmatie,des douaniers participaient encore en novembre et décembre à la défense des dernières positions, puisque deux officiers, Louis SCOTT de MARTAINVILLE, inspecteur et le capitaine Jean THARREAU, étaient tués à Raguse (aujourd’hui Dubrovnik en Croatie) pendant cette période. Ils furent distingués de l’Aigle de la Légion d’honneur pour leur courage et leur conduite exemplaire.

 

De même en Illyrie, on sait, par un témoignage de Jean-Baptiste Collin de Sussy, que les douaniers furent engagés contre l’ennemi au cours de la retraite et que leur directeur Pierre Louis DIZIE fit à cette occasion preuve de dévouement et d’un grand courage. Il n’en fut récompensé que le 28 avril 1821, par l’attribution de la légion d’honneur.

 

Jean-Baptiste COLLIN comte de SUSSY, qui avait été promu ministre du commerce et des manufactures en 1812, tout en conservant la douane dans son ministère et qui se trouvait spolié des revenus des prairies qui lui avaient été octroyées en Dalmatie dans son acte d’investiture, s’en plaignait en ces termes au comte Mollien, ministre du Trésor :

 

Je vous avais prié de me faire parvenir les 3838 francs qui me manquent pour compléter le revenu de 1812, sur les prairies de la Dalmatie présentées dans mon acte d’investiture comme devant produire 6000.francs Les motifs que vous opposez à cette demande vous justifie, mais il ne l’est pas moins que l’erreur matérielle commise à mon préjudice et qui me prive d’une partie de la dotation que l’empereur a voulu m’accorder, soit réparée par un remplacement de propriété d’un revenu égal au déficit et je suis persuadé que vous voudrez bien le proposer au plus tôt qu’il sera possible à l’approbation de sa Majesté…(8)

 

Le 10 janvier 1814, le ministre de la guerre, le général Henri CLARKE, duc de Feldre, adressait une note à tous les lieutenants généraux responsables de départements, dans laquelle il demandait d’appeler sous les drapeaux, les douaniers, gardes champêtres, gardes forestiers, gendarmes ainsi que tous les militaires réformés ou pensionnés. Il précisait entre autres de se faire remettre par le directeur des douanes un état de l’effectif des douaniers se trouvant dans les départements dont ils avaient le commandement.

 

Dans le même temps, une campagne d’affichage était lancée dans tous les départements. Il s’agissait de la publication de l’arrêté de leur mobilisation.

 

Le 3 avril 1814 Napoléon déchu par le Sénat était exilé à l’Île d’Elbe par le traité de Fontainebleau tout en conservant son titre d’empereur. Le roi Louis XVIII rentrait à Paris le 3 mai et allait régner pendant un peu moins d’un an, appelé « première restauration »

 

Pendant cette courte période, le 13 octobre 1814, le Maréchal Kellermann, duc de Valmy, et pair de France, commandant la 5eme division militaire dans les Alpes, s’adressait ainsi à ses troupes :

 

« Les généraux, commandants d’armes et des corps, devront déférer sur-le-champ, aux réquisitions qui leur seraient faites, par les chefs des douanes royales, dans l’étendue de la 5eme division, pour seconder efficacement et appuyer de la force militaire, les préposés des douanes qui éprouveraient quelques obstacles dans l’exercice de leurs fonctions. En conséquence, les Généraux, Commandants d’armes et de Corps, mettront à la disposition des chefs des Douanes, aussitôt qu’ils en auront été requis par eux, le nombre de troupes nécessaire pour assurer l’exécution des ordonnances royales sur les douanes et à la répression des infractions qui y seraient commise ».(8)

Ce commandement démontre encore la collusion et la collaboration entre l’armée et la douane, mais dans le même temps beaucoup de douaniers qui ne cachait pas leur attachement à l’empereur, s’engageaient dans les corps Francs ou chez les partisans.

 

En début de l’année 1815, le lieutenant général, comte Louis, François, Bertrand, de LAUBERDIERE, qui avait commandé le 2éme bataillon des douanes impériales, rendait au maréchal DAVOUT un rapport très détaillé de militarisation des douaniers, qui lui avait été demandé à la suite des désirs à nouveaux exprimés par Napoléon avant son départ pour l’Île d’Elbe.

 

Il commençait par indiquer qu’il était convaincu qu’en certaines circonstances, pour la défense des côtes, des estuaires et la protection des rivières, les employés des douanes devraient être organisés d’avance en compagnies et bataillons, sous les ordres des généraux commandants les divisions et les départements maritimes. Il ajoutait que ces derniers auraient en charge leur armement, la nourriture, les mouvements militaires, mais que l’équipement et l’habillement des douaniers resteraient du ressort du Ministère des Finances qui continuerait à verser leurs salaires aux familles. En revanche, pendant la durée de leur service purement militaire les douaniers percevraient la même solde que les soldats ou les officiers de ligne.

 

Le choix des officiers pour encadrer les bataillons de douane serait fait parmi les douaniers sur rapport des chefs ou du directeur des douanes en accord avec les autorités militaires.

 

Dix neuf bataillons douaniers inégaux en effectif, seraient constitués à partir des 10685 préposés issus des onze directions des douanes entre Boulogne et Bayonne. Chaque compagnie avait son lieu de rendez-vous, chaque bataillon son lieu de rassemblement et son dépôt pour les femmes, enfants et vieillards, qui étaient tenus d’y demeurer jusqu’au retour des préposés et de la réorganisation des brigades des douanes.

 

Le ministre de la guerre, sur ordre de l’Empereur, pouvait ordonner le rassemblement et la mise en activité d’un ou plusieurs bataillons de douaniers sur la côte, sous l’autorité immédiate des généraux près desquels étaient localement tenus de se rendre les directeurs ou les contrôleurs principaux des douanes.

 

Ainsi, dès le retour de Napoléon, le 20 mars 1815 l’ensemble des brigades des douanes étaient réquisitionnées, sur ordre du maréchal Louis Nicolas DAVOUT prince d’Eckmuhl, duc d’Auerstaedt, alors ministre de la guerre. Les 13 et 16 avril, alors que le territoire français était menacé d’invasion, il adressait une lettre aux lieutenants généraux, commandants en chef des corps d’observation, demandant à ces derniers « le relevé des forces actives des douanes sur les frontières et de désigner à l’avance pour chacune de ces brigades les places fortes dans lesquelles les douaniers se jetteraient en cas d’invasion inopinée. »

 

Il concluait en ces termes : « Ce sera un moyen d’avoir dans les places des hommes précieux pour leur bravoure personnelle et leur connaissance du service militaire et des localités, outre l’avantage que cela sera comme une augmentation des forces. »(1)

 

Dans la seconde quinzaine d’avril, les forces douanières rejoignaient progressivement les places fortes et les colonnes mobiles. Le ministre s’adressant par lettre du 23 avril au lieutenant général Lecourbe, précisait : « Général, par supplément à ma lettre du 20 mars dernier, je vous adresse, ci-joint, la liste des brigades de douaniers qui se trouvent comprises dans la capitainerie de Belfort, Pettershaussen, Altkirch et St Louis, auxquelles vous devez assigner une destination précise en cas d’invasion inopinée…..envoyez moi l’état de leur distribution dans la place, ainsi que vous l’aurez déterminée ».(1)

 

Sur les côtes, les douaniers étaient appelés à se former en unités mobiles sous les ordres d’un commandant de gendarmerie ou à rejoindre des brigades mobiles composées de gendarmes, de troupes de ligne et de gardes nationales. Les détachements de douane étaient le plus souvent placés à proximité des postes de douane pour pouvoir porter main forte, si besoin, aux autres préposés des douanes. D’autres étaient affectés dans les batteries, sous les ordres d’un capitaine de canonnier garde côte qui les employait à des patrouilles et auxquels il faisait faire le service conjointement avec les canonniers.

 

Le sous-préfet de Morlaix s’adressant, le 9 juin 1815, à monsieur le commissaire de la guerre à Brest, précisait que les chefs de la compagnie des préposés des douanes comprise dans la colonne mobile, étaient assimilés aux capitaines, lieutenants, sous lieutenants, sergents major, sergents des troupes de ligne et qu’ils continuaient à recevoir de l’administration des douanes la solde de traitement ordinaire. De plus, il demandait de lui faire connaître si cette compagnie avait droit à la solde affectée à chaque grade militaire, quel pourrait être son montant, qu’elle pourrait être l’indemnité de logement accordée aux officiers de chaque grade et la nature et la quantité de chaque espèce de vivres à délivrer; il notait également, que les douaniers n’avaient encore reçu aucune solde ni partie de solde depuis leur mise en activité.

 

Mais, la défaite de Waterloo le 18 juin 1815 suivie de la campagne de France, contraignaient Napoléon à abdiquer le 6 juillet, mettant fin à l’empire qui cette fois n’avait pas dépassé « Cent jours ».

 

Ainsi commençait la seconde restauration avec le retour de Louis XVIII ; la confusion était de mise et le maintien des douaniers militaires dans les places fortes et dans les brigades mobiles se posait ?

 

Dans ces circonstances, le 27 juillet 1815, dans un rapport au nouveau ministre de la guerre le maréchal-comte Laurent de Gouvion St Cyr, le lieutenant général du bureau de l’inspection de l’infanterie, s’exprimait ainsi :« …Le ministre des finances a écrit à son Excellence pour lui exposer que l’éloignement de ces employés de leurs fonctions, compromet essentiellement le Service public et occasionne à l’État la perte de plusieurs millions, attendu que sur plusieurs points, l’administration se trouve privée de moyens pour réprimer la fraude et la contrebande.

 

Pour satisfaire à la juste demande du ministre des Finances, on propose d’adresser une circulaire à tous les généraux commandants les corps d’armée et à tous les commandants des divisions militaires pour leur prescrire de licencier tous les Corps qui ont pu être formés avec des douaniers ou des employés forestiers et de les renvoyer de suite à leurs fonctions.

 

Si Monseigneur approuve cette proposition, on le prie de signer la circulaire ci-jointe ».(1)

 

Dès le lendemain, par une ordonnance du 28 juillet 1815, la légion de l’ouest qui avait été crée tardivement par décret du 5 juin 1815 était licenciée. Tour à tour la démobilisation des brigades des douanes était étendue à l’ensemble territoire.

 

Ainsi s’est terminée l’épopée des douaniers, qui ont pris une part active aux guerres de l’Empire et dont la bravoure et les qualités militaires ont été unanimement reconnues.

 

Dans la plupart des cas, à l’exception des deux bataillons des douanes impériales formés à Lunebourg en août 1813, c’est en participant à la défense des places fortes ou en faisant retraite en même temps que l’armée ou encore dans des escarmouches, que les douaniers ont été impliqués militairement. Les pertes durant les campagnes napoléoniennes ne sont pas connues, mais nul doute que les douaniers tués furent nombreux.

 

Le projet de militarisation des douanes ne sera pas repris sous la seconde Restauration, à cause de la sensibilité républicaine et de la politique de paix qu’elle s’était imposée.

 

C’est seulement sous le règne de Louis Philippe, que sera instituée une organisation militaire officielle pour les douaniers et les forestiers, par les ordonnances du Roi en date du 31 mai 1831 et du 9 septembre 1832, au maréchal Jean-de-Dieu SOULT, duc de Dalmatie, à nouveau ministre de la guerre. Dans chaque direction, une légion comprenant au moins deux compagnies seraient crée pour seconder l’armée en cas d’attaque sur la frontière proche de leurs lignes. Le directeur général des Douanes était alors THéodore GRETERIN.

 

Ainsi, lors de la conquête de l’Algérie, les douaniers participèrent aux combats. Le maréchal Thomas-Robert BUGEAUD leur accorda, semble-t-il, le droit de porter la grenade à 7 flammes, symbole des unités d’élite (régiments suisses, légion étrangère). Cette grenade associée au corps des chasseurs qui orne leur uniforme depuis le premier empire, deviendra par la suite l’insigne des douanes.

 

L’uniforme vert empire militarisé par le décret du 7 frimaire an V (28 novembre 1796) complété par celui du 25 pluviôse an IX ( 14 février 1801), sera progressivement remplacé, entre 1831 et 1835, par une tunique verte et un pantalon bleu céleste qui sera orné en 1852 de la bande garance, identique à celle de nombreuses autres unités militaires, en substitution au passepoil (liseré), couleur de la légion d’honneur, que les douaniers portaient sur la culotte de leur uniforme depuis 1813.

 

La déclaration de guerre à la Prusse du 19 juillet 1870 par l’empereur Napoléon III allait déclencher une nouvelle mobilisation des troupes. Des escarmouches entre douaniers et patrouilles de Uhlans prussiens, avec la mort du préposé MOUTY et les blessures du préposé LEJUST causées par 1 coup de feu et 4 coups de baïonnette, lors de l’incursion de Schreckling dans la soirée du 23 juillet, amena le gouvernement impérial de GAMBETTA, usant du droit que lui conférait la loi de 1831, à décréter la mobilisation des bataillons de « guides. » Deux décrets furent pris les 26 et 27 juillet, plaçant les brigades des douanes des départements de la Moselle, du Bas-Rhin et du Haut-Rhin ainsi que les brigades armées des directions de Metz et de Strasbourg en unités combattantes.

 

Dès le 28 juillet 1870, le directeur général AME adressait une lettre dans laquelle il demandait la formation de compagnies pour la défense des places fortes et recommandait aux autres compagnies de se diriger sur Paris pour se former en bataillons. Il terminait en ces termes : « Dans les périls de la France, le corps des douanes a toujours su faire son devoir. J’espère que nous ne resterons pas au-dessous des hommes de cœur qui nous ont précédés et qu’aucune défaillance ne se manifestera dans nos rangs. »(1)

 

 

Immédiatement, les douaniers, quelquefois plusieurs dans une même famille, partaient pour assurer la défense des places fortes et des camps retranchés de leurs circonscriptions et aussi des missions d’éclaireurs, de messagers de liaisons, de guides.

 

Un décret impérial du 9 août mit à la disposition du Ministre de la guerre les corps d’armée des douanes des 37 départements frontières et côtiers. Le jour même, le directeur général AME notifiait à ses directeurs : « Déjà dans ma lettre du 28 juillet, j’ai invité les directeurs à former un certain nombre de compagnies susceptibles d’être déplacées et utilisées pour la garde des places fortes. A réception de la présente, vous prescrirez immédiatement de diriger sur Paris, par la voie la plus rapide, les compagnies constituées et vous hâterez la formation des autres pour qu’elles arrivent sans retard. C’est à Paris seulement que seront formés les bataillons. »

 

Immédiatement, des ordres furent donnés pour faire venir à Paris le nombre de préposés nécessaires pour former six bataillons de 600 hommes, mis sous le commandement de Félix BIGOT, inspecteur principal des douanes; chaque bataillon devait être commandé par un inspecteur ayant le grade de chef de bataillon, auquel un adjudant major de la ligne et un instructeur de Saint Cyr devait être adjoint pour l’instruction.

 

L’officier A.F de la garde mobile commentait ainsi cette décision : « Cette mesure fut accueillie avec un enthousiasme indescriptible par ces hommes d’élite, impatients de contribuer pour leur part à réparer les échecs de nos armes, ils avaient conservé ardente la flamme du patriotisme et l’amour du drapeau. Un grand nombre d’entre eux qui, par leur age et par leur position, échappaient à la loi, se firent inscrire et partirent volontaires, la plupart étaient mariés, père de famille, qu’importe ! La patrie était en danger, appelait aux armes et ils répondaient à son appel, leurs officiers leur donnaient l’exemple de l’abnégation, du patriotisme et tous partirent plein d’ardeur.» (7)

 

Les compagnies de chemin de fer accordaient aux employés des douanes voyageant en uniformes, la faveur du demi-tarif. Les détachements des divers départements arrivèrent à Paris à partir du 12 août et furent répartis dans quinze postes casernes de l’enceinte, et dans cet immense immeuble des Magasins Réunis, réquisitionné par le gouvernement, sur la place de la République,dans un quartier où les classes laborieuses et dangereuses se trouvaient concentrées de façon inquiétante, où rien n’avait été disposé pour leur hébergement. Le capitaine Roux, témoigne en ces termes : « On improvise et on improvise mal, c’est une tour de Babel et une véritable sentine d’infection ».

 

Le directeur général des douanes n’était pas resté insensible à cette situation. En effet, dans une lettre en date du 24 août, le Gouverneur de Paris écrivait au général DE MALROY le directeur général des douanes a la plus grande hâte de voir évacuer par les douaniers les Magasins Réunis. Il a déjà 1200 hommes dans les postes casernes, on lui en a promis d’autres. Peut-il les avoir bientôt ?

 

Prière d’informer ce haut fonctionnaire de ce que vous aurez décidé.

 

Le 20 août, 142 officiers et 4128 préposés étaient assemblées dans la capitale, destinés à renforcer l’armée du général Joseph Vinoy, commandant en chef du 13éme corps d’armée chargé de la défense de Paris qui venait d’être formé et l’on s’occupait de les armer.

 

L’officier A.F de la Garde mobile rapporte: « Nous nous souvenons encore de l’impression profonde que produisit sur la population de Paris la vue de ces bataillons magnifiques de douaniers défilant avec ordre sur les boulevards. Ces hommes, à l’uniforme sévère, au visage bronzé, calme, résolu, dont beaucoup avaient la barbe et les cheveux blanchis avant le temps par leurs rudes fatigues professionnelles, contrastaient avec les régiments de nouvelle formation qui encombraient les rues. »

 

Et il poursuit en dénonçant; « les taquineries mesquines que l’administration centrale employait pour faire sentir aux douaniers qu’ils n’étaient soldats que pour la forme : défense de faire usage des clairons, défense de faire passer au large par les factionnaires etc,…en un mot, en refusant aux douaniers toute espèce de caractère de corps d’armée, toute assimilation avec la troupe régulière. »(7)

 

Il est vrai que le ministre de la guerre n’avait pas accordé les prestations de campagne aux préposés et la situation de ceux qui étaient mariés devint si pénible que le ministre des Finances, sur l’insistance du directeur général des douanes, intervint le 23 août en leur faveur. Il obtint qu’ils soient renvoyés dans leur direction pour assurer le service des frontières. Il proposa, en même temps, de ne conserver que 4 bataillons de 700 agents célibataires, soit 2800 douaniers.

 

La lettre du 23 août du ministre des Finances au ministre de la Guerre était particulièrement édifiante à cet égard : « Par votre dépêche du 16 août courant, vous m’avez annoncé que, contrairement à ce qu’avait cru d’abord monsieur le directeur général des douanes, les préposés de cette administration, réunis en ce moment à Paris, ne pouvaient plus compter sur les prestations de campagne. Vous me faites connaître qu’aux termes des règlements, ils ne doivent recevoir qu’une ration de pain et que c’est seulement dans le cas où ils seront appelés sur des points où les vivres de campagne sont distribués aux troupes qu’ils pourront eux-mêmes les obtenir. »

 

« Je dois faire observer à Votre Excellence, que dans ces conditions, la position des hommes mariés faisant partie des brigades rassemblées à Paris devient dès plus difficile, attendu que ces employés sont obligés à la fois d’assurer la subsistance des familles qu’ils ont laissées chez eux et de vivre à leur frais à Paris. Or, pour réunir dans la capitale 3600 préposés comme le désirait le département de la guerre, l’administration des douanes a dû ne pas écarter les hommes mariés. »

 

« D’un autre coté, on s’est déjà préoccupé sur différents points de la frontière des résultats que pourraient entraîner, soit pour l’ordre public, soit pour la perception de l’impôt, un affaiblissement trop sensible du personnel des douanes. J’ai déjà à cet égard plusieurs communications, entre autres celles de monsieur le Préfet du Nord et d’un député des Basses Pyrénées. »

 

« Dans cette situation, il appartient à votre Excellence plus qu’à moi d’examiner s’il y aurait des inconvénients à ce que les préposés des douanes mariés fussent rendus à leur service spécial, en ne conservant à Paris que les garçons. On pourrait encore former avec ces derniers quatre bataillons, chacun de plus de 700 hommes. » (1)

 

Le 27 août, le ministre de la Guerre, dans une courte lettre, tout en approuvant le renvoi des douaniers mariés, demandait au ministre des Finances, qu’ils soient remplacés par des célibataires:

 

« J’ai reçu la lettre que Votre Excellence m’a fait l’honneur de m’écrire le 23 de ce mois au sujet des préposés des douanes réunis dans ce moment à Paris. «»

 

« Conformément à la proposition qui y est contenu et afin de concilier les besoins du service dans nos départements, je prescris à monsieur le général commandant la 1ére division militaire ( Valiez) de donner, en se concertant avec le directeur général des douanes, les ordres nécessaires pour que les préposés mariés soient renvoyés de Paris et rendus à leur service spécial, mais remplacés par des célibataires. » (1)

 

Mais, ce remplacement ne paraît pas avoir eu lieu car l’effectif des 5 bataillons de douaniers de la 3éme armée, 1ére division, 2éme brigade, présent à Paris, dressé le 4 septembre1870 sur les états de la 1ére région militaire est de :

 

  Magasins réunis  

  Officiers : 60

  Troupe : 1803

Hors service

6

574

Reste

54

1230

 

 

   Postes casernes   

  Officiers : 42

  Troupe : 1434

Hors service

0

134

Reste

42

1266

 

soit, au total 102 officiers et 3237 préposés,

 

Alors que, le 19 septembre de cette même année, ces mêmes états ne font plus mention que de :

78 Officiers et 2538 préposés (sous officiers compris).

Inaptes au service : 2 603

 

Reste réellement disponible pour marcher en cas de prise d’armes :

 

Officiers : 76,  Troupe : 1935,  Chevaux : 3

 

Logés à la caserne des Magasins Réunis et dans les postes casernes n° 1 à 15, dont:

110 douaniers au poste caserne n°1 – bastion 3 ( Bercy – secteur n°1)

120 douaniers au poste caserne n°12 – bastion 77 ( Montparnasse – secteur n°8)

120 douaniers au poste caserne n°14 – bastion 84 ‘( Montparnasse – secteur N°8)

116 douaniers au poste caserne n°15 – bastion 90 ( Les gobelins – secteur n°9)

 

Après les défaites de Wissembourg le 4 août, où un petit bataillon douanier était le premier à supporter l’offensive prussienne, puis de Spicheren, Wœrth, Reichshoffen, Forbach et Frœschwiller le 6 août, le siège de Strasbourg le 9 août et de Metz le 18 août, la défaite de Beaumont le 30 août et surtout le 2 septembre la capitulation de l’armée de Sedan commandée par Mac Mahon et Napoléon III, on finit par se résigner à croire possible le siège de Paris.

 

Le 4 septembre monsieur Thiers proclamait la déchéance de l’Empire et l’installation d’un gouvernement provisoire de la défense nationale. Face à l’impéritie des généraux, notamment à Paris en raison de la rivalité entre les généraux DE MALROY et VINOY, l’anarchie s’installait, la colère montait avec le sentiment que les responsables voulaient abandonner la lutte. Michelet écrira à ce sujet « Paris avait comme généraux les plus mauvais résidus de l’empire et de l’orléanisme ».

 

Les Prussiens faisaient le blocus et bombardaient la Capitale pour obtenir sa reddition. Dès lors, les parisiens souffraient du manque de vivre, de combustibles, et des cas de typhoïde et de variole apparaissaient. Des restrictions étaient appliquées : 300 grammes de pain (1/8éme de farine de blé) et 15 grammes de viande de cheval par jour. Une économie de guerre s’installait, les prix s’envolaient: une oie 160F, une poule ou un lapin 80F, un kilo de beurre 120F, un kilo de fromage 80F, 12 œufs 40F, un chat 60F, un rat 2F50….

 

Un soulèvement éclatait le 31 octobre, une immense foule de « communalistes » se portait à l’Hôtel de ville et séquestraient les maires et les membres du gouvernement qui s’étaient réunis pour se concerter sur les mesures à prendre.

 

Des éléments loyaux, dont le 171eme bataillon de la garde nationale de 900 hommes, créé le 19 septembre, formé par des fonctionnaires des services centraux des ministères, dont faisaient partie une trentaine d’agents valides du service des bureaux de la direction générale des douanes, venaient les délivrer. L’officier des douanes PAPEREUX fut décoré de la légion d’honneur pour sa conduite à cette occasion.

 

Le nouveau gouvernement lança une grande souscription pour la fabrication de canons se chargeant par la culasse. Les Parisiens ne restèrent pas à l’écart de cet élan patriotique, la Chambre de commerce, les marchands de bois, les bouchers de la Villette, la Société des gens de lettre, Victor Hugo lui-même, mais aussi des administrations, un bataillon du 55eme de ligne, les employés de l’octroi et enfin les 5 bataillons de douaniers mobilisés, répondirent à l’appel et offrirent un canon au gouvernement.

 

 

Emile Dorian, ministre des travaux publics, par une lettre du 3 décembre 1870, remerciait en ces termes les commandants des bataillons de douaniers mobilisés :

 

« J’ai reçu la lettre dans laquelle vous annoncez que par suite d’une souscription ouverte dans les cinq bataillons mobilisés des douaniers pour offrir des canons au gouvernement de la défense nationale, vous avez réalisé une somme de 3.611 francs que vous tenez à ma disposition pour la fabrication d’un canon.

 

Permettez-moi, Messieurs, au nom du gouvernement de vous prier d’agréer ses remerciements pour cette offre généreuse, qui témoigne une fois de plus de votre patriote dévouement et de celui des braves soldats que vous commandez.

 

Des mesures vont être prises pour que la somme de 3.611 francs reçoive le plus tôt possible sa destination et je n’ai pas besoin d’ajouter que, conformément à votre désir, le canon portera la mention suivante :

 

Bataillons de douaniers mobilisés

 

J’aurai l’honneur de vous faire connaître le jour où les essais pourront avoir lieu de manière à vous permettre d’y envoyer un délégué.

 

Le montant de la souscription devra être versé à la caisse centrale du Trésor public au Ministère des finances avec la désignation spéciale qui y est affectée. Je vous prie de m’adresser le reçu qui vous sera délivré.

 

Lorsque la pièce aura été reçue, je vous enverrai si vous le désirez, le duplicata de la facture du fondeur. »(8)

 

Cependant, dès le 31 août, précédant cette action patriotique, le Gouverneur de Paris avait adressé une circulaire au général commandant en chef le 13éme corps d’armée indiquant que le nombre des batteries augmentait chaque jour et exigeait un personnel considérable pourvu de cadres instruits et vigoureux. Il demandait de faire dresser des états nominatifs dans les corps de gendarmes, douaniers, forestiers, gardes républicains, gardiens de la paix, des militaires ayant autrefois servi dans les différents régiments d’artillerie. Il poursuivait en ces termes:

 

« Un décret du gouvernement du 23 août dernier a fait connaître aux intéressés qu’ils conserveraient dans leur position provisoire, la solde spéciale qui leur est essentiellement affectée et qu’ils resteraient titulaires de leur grade ou emploi dans le corps ou l’administration dont ils seraient détachés.

 

Le gouvernement voulant assurer à ces militaires des avantages spéciaux a décidé qu’indépendamment de la solde à laquelle ils ont droit en vertu du décret précité, ces militaires toucheraient de plus la solde d’artillerie correspondant à la fonction qu’ils seraient appelés à remplir… » (1)

 

Une nouvelle instruction du 10 septembre du gouverneur de Paris au généraux commandants les secteurs de l’enceinte arrêtait les dispositions suivantes: Les commandants des secteurs ont sous leurs ordres toutes les troupes des gardes nationales sédentaires qui y sont réunies pour le service. Ils disposeront également des troupes de ligne et des douaniers qui sont casernés sur l’enceinte elle-même, dans les 15 postes casernes et dans les casernes de l’octroi(1)

 

En janvier 1872, toujours l’officier A.F de la garde mobile commentait « A la différence des gardes nationaux, la discipline, l’ordre, la sobriété, la vigilance, le respect de soi-même et de leurs supérieurs régnaient dans les rangs douaniers, ils assuraient l’ordre public, la garde des entrepôts, des magasins, des monuments, des greniers, de l’Imprimerie nationale, du nouvel Opéra, des prisons, et les commandants des 9 secteurs leur confiaient la garde des points les plus exposés de leurs remparts ».(7)

 

L’enceinte de Paris, appelée communément « enceinte de Thiers » ou les « fortifs » était découpée en 9 secteurs et s’étendait alors sur 35 Kms, comprenant 98 bastions, 17 portes et 8 poternes .

 

Les douaniers étaient formés en 5 bataillons de 6 compagnies, sous l’autorité du commandant général Félix BIGOT

 

Le 1er bataillon, commandé par Mr. De BATSALLE, avait pour mission de garder les Finances, la Bourse, les magasins à vivre, les greniers, la Banque, l’imprimerie nationale, l’opéra, le parc à bestiaux…

 

– La 1ére compagnie, fournie par la direction de Caen, (82 douaniers – capitaine LEPINE)

– La 2eme compagnie, fournie par la direction de Chambéry, (90 douaniers – capitaine NICOD)

– La 3eme compagnie, fournie par la direction de Charleville, (86 douaniers – capitaine FRESSON)

– La 4eme compagnie, fournie par la direction de Chambéry, (86 douaniers – capitaine GUINGUENE)

– La 5eme compagnie, fournie par la direction de Bourg, (82 douaniers – capitaine DRESCH)

– La 6eme compagnie, fournie par diverses directions, (82 douaniers – capitaine PRIMA)

 

Le 2eme bataillon, commandé par Mr. De RANCOURT, participait aux mêmes tâches que le 1er bataillon, à l’exception de la 5eme compagnie qui resta durant tout le siège dans les remparts au poste 389?. Pendant le bombardement, le 2éme bataillon campait dans les remparts de Vaugirard, bastions 66 à 74, dans le 7eme secteur, sur la rive gauche, où ils était criblé d’obus, pour défendre la porte de Sèvres en cas d’assaut.

 

-La 1ére compagnie, fournie par la direction de Bordeaux, (84 douaniers – capitaine VAUTRAVERS)

-La 2éme compagnie, fournie par la direction de Bretagne, (82 douaniers – Capitaine DAVID de PENAURUN). Le sous-officier SOULIER a été cité à l’ordre du jour pour son sang froid et sa belle conduite pour avoir réprimé avec ses hommes, le soulèvement des malfaiteurs révoltés de la prison de Sainte Pelage le 4 septembre.

-La 3éme compagnie, fournie par la direction de Lille, (84 douaniers – capitaine COQUELET)

-La 4éme compagnie, fournie par la direction de la Rochelle, (72 douaniers – capitaine FERRAS)

-La 5éme compagnie, fournie par la direction de Rouen, (92 douaniers – capitaine TURBERT

-La 6éme compagnie, fournie par plusieurs directions, (54 douaniers – capitaine LERDON)

 

Le 3éme bataillon, commandé par Mr. DE CUERS, a protégé pendant presque toute la durée du siège, les boulevards extérieurs en montant la garde dans les différents secteurs placés sous les ordres des amiraux.

 

-La première compagnie, fournie par la direction de Brest, (90 douaniers – capitaine VOUSELAUD, était campée hors de Paris, en arrière du fort de Romainville, montant la garde en sentinelle perdue pour sonner l’alarme en cas d’attaque surprise de l’ennemi.

-La 2éme compagnie, fournie par la direction de St Brieux, (106 douaniers – capitaine GRANDIDIER), gardait les bastions 49 et 50 au poste caserne n°6 à Passy, sur la rive droite de la Seine, dans le 6éme secteur.

-La 3éme compagnie, fournie par la direction de Vannes, (86 douaniers – capitaine M HELLEU), a contribué à la garde des bastions 33 et 34 au poste caserne n°4 à La Villette dans le 3éme secteur et a supporté bravement tous les dangers .

La 4éme, 5éme et 6éme compagnies ont pris une part active à la garde des remparts de la rive gauche dans le 7éme secteur à Vaugirard. Les bastions au service desquels elles ont été affectées ont été le plus éprouvés pendant les bombardements:

-La 4éme compagnie, fournie par la direction du Havre, (100 douaniers – capitaine M.DE MERIC) au poste caserne n°9. Le capitaine a été cité à l’ordre du jour pour avoir dominé une panique qui s’était produite chez les militaires. Le lieutenant OBLIN a été blessé en tentant de circonscrire l’incendie du château de la Muette

-La 5éme compagnie, fournie par la direction de Nantes, (100 douaniers – capitaine André MASSE); au poste caserne n°8

-La 6éme compagnie, fournie par plusieurs directions, (94 douaniers – capitaine M. CARRICART), au poste caserne n°7.

 

Le 4éme bataillon, commandé par Mr. TRESCAZE, était réparti avec ses 6 compagnies dans le 2éme secteur y compris les remparts extérieurs de La Villette et de Belleville. Dans ces faubourgs où l’insurrection était sans cesse menaçante leur tache était laborieuse. Entre autres, le commandant TRESCAZE reçut l’ordre de s’emparer de la Mairie de Belleville pour empêcher les clubs d’y installer FLOURENS qui venait d’être chassé de l’Hôtel de ville. Avec 200 douaniers dont les capitaines WALLOIS, MARTEL et ODE et leurs lieutenants il accomplit cette périlleuse mission et parvint en parlementant avec les principaux révoltés à conjurer l’insurrection. Plus tard ce commandant fut condamné à mort par la Commune mais les communards ne purent s’en saisir.

 

-La première compagnie, fournie par la direction de Montpellier, (88 douaniers – capitaine MARTEL)

-La 2éme compagnie, fournie par la direction de Nantes, (88 douaniers – capitaine BALLOT)

-La 3éme compagnie, fournie par la direction de Nice, (92 douaniers – capitaine BONET)

-La 4éme compagnie, fournie par la direction de Marseille, (92 douaniers – capitaine DOMANGE)

-La 5éme compagnie, fournie par la direction de Marseille, (88 douaniers – capitaine ODE)

-La 6éme compagnie, fournie par plusieurs directions, (94 douaniers – capitaine WALLOIS)

 

 

Le 5éme bataillon, commandé par Mr MAGUE, était chargé de participer à la garde des bastions et des portes des remparts:

 

La première compagnie, fournie par la direction de St Brieux, (88 douaniers – capitaine MARTIN) au poste caserne N°1 ( Bercy) dans le 1er secteur.

 

La 2éme compagnie, fournie par la direction de Lille, (106 douaniers – capitaine DEGENCY) au poste caserne n°12 (Montparnasse) dans le 8éme secteur.

 

La 3éme compagnie, fournie par la direction de Dunkerque, (78 douaniers – capitaine MORIN) au poste caserne n°15 (Gobelins) dans le 9éme secteur.

 

La 4éme compagnie, fournie par la direction de Chambéry, (92 douaniers – capitaine – COMTE) et la 5éme compagnie fournie par la direction de Valenciennes, (92 douaniers – capitaine COURTOIS) étaient campées sur les remparts.

 

La 6éme compagnie, fournie par plusieurs directions, (96 douaniers – capitaine GAT DE BEILAC) est restée en permanence en soutient au premier bataillon.

 

Les Prussiens pensaient que Paris assiégé ne tiendrait que quinze jours, elle tint quatre mois et demi avant de capituler le 28 janvier 1871.

 

L’armistice fut signée à Paris le lendemain 29 janvier; l’article 7 de la convention précisait : « La garde nationale mobile conservera ses armes, elle sera chargée de la garde de Paris et du maintient de l’ordre. Il en sera de même de la gendarmerie et des troupes assimilées, employées dans le service territorial, telles que la garde républicaine, les douaniers, les sapeurs pompiers. La totalité de cette catégorie n’excèdera pas 3500 hommes et sera placée sous l’autorité du général DE MALROY, commandant la 1ére division militaire. »

 

Un climat insurrectionnel régnait dans la Capitale, les troubles étaient permanents, le ravitaillement manquait, l’exaltation de la population ne connaissait plus de bornes. Les officiers étaient insultés à tous moments. Trois milles fusils étaient distribués aux troupes cantonnées dans le quartier de Belleville.

 

Du 16 au 26 février 1871 la 1ére compagnie du 1er bataillon de douaniers, sous le commandement du lieutenant DERCOT, en raison de la défaillance du capitaine et du premier lieutenant malade, faisait service dans Vaugirard sous la pluie et les obus prussiens. Puis, elle rejoignait d’autres compagnies de douaniers déjà cantonnées sur le boulevard de la Chapelle, foyer de l’insurrection, pour y maintenir l’ordre.

 

Le 28 février, le commandement en chef donnait l’ordre de faire évacuer les cantonnements du 2éme et du 6éme secteur, car les Prussiens devait y entrer le lendemain. Toutes les troupes qui y étaient cantonnées descendirent au Champ de Mars dans le 7éme secteur. C’est là que se rendirent celles qui venaient de Belleville dont le 4éme bataillon douanier du commandant TRESCAZE. Ce dernier, fut nommé chevalier de la Légion d’honneur le 25 janvier 1871 sur proposition du ministre de la guerre.

 

Le 12 mars 1871 survient la dissolution du régiment douanier de Paris. Les préposés sont envoyés sur le boulevard de la Chapelle et à Belleville dans des baraquements insalubres, que dès le 5 octobre 1870, l’intendant général de l’armée avait dénoncé au gouverneur en ces termes :

 

« Le médecin chef de la garde nationale m’informe que les baraques établies sur les boulevards extérieurs pour le logement des troupes, laissent beaucoup à désirer sous les rapports hygiéniques, les imperfections de la construction ont déjà produit de fâcheux effets sur la santé des occupants, le nombre de malades a augmenté dans les bataillons qui y sont installés et des courants d’air frais ont provoqué diverses affections des voies respiratoires. Cette situation ne peut que s’aggraver si elle se prolonge et il serait à désirer que l’on puisse y porter remède. »(1)

 

Le 18 mars, l’ordre de Thiers, aux troupes d’enlever de l’enceinte les 227 canons, achetés par souscription et qui avaient été disposés sur les buttes de Montmartre et de Belleville, pour les soustraire aux allemands lors de leur entrée dans la capitale, donnait le sentiment que Paris était abandonné aux Prussiens et déclencha la journée fatale. On sonne le tocsin, la foule s’assemble. Dans d’autres quartiers des émeutiers fraternisent avec des soldats; dans le 18éme arrondissement deux généraux, Lecomte et Clément Thomas, sont arrêtés et passés par les armes….Le bilan total de cette semaine sanglante sera d’environ 20000 victimes et de 38000 arrestations.

 

Ce même 18 mars, le capitaine GUINGUENE faisant fonction d’adjudant major au premier bataillon, reçut l’ordre du commandant supérieur Félix BIGOT, resté seul à Paris, de rapatrier les détachements douaniers, en faisant rallier le Champ de Mars aux compagnies encore campées à la Chapelle et à Belleville. L’insurrection l’en empêcha. Avec un sang froid remarquable, il parlementa avec les insurgés qui le nommèrent commandant de l’un de leurs bataillons, ce qu’il feignit d’accepter et qui lui permit par ce subterfuge de s’échapper dans la nuit du 19 mars avec les nombreux douaniers restés sans armes dans ces quartiers en feu.

 

L’officier A.F relatait ces évènements en ces termes: « …On envoie ces vaillants préposés, camper au milieu d’une véritable mer de boue, dans des cloaques infectes, sur le boulevard de la Chapelle, à Belleville. Là, baraqués sous des planches disjointes, manquants d’air salubre, réduits à se coucher sans paille, ils attendent patiemment qu’on eut encore besoin d’eux…Le 18 mars arrive, après le siège, après le bombardement des prussiens, c’est la perspective de la guerre civile. Qui sait si dans cette fatale journée, le gouvernement avait fait appel au concours des douaniers, que de malheurs eussent pu être évités… Tels furent les douaniers, tels ils restèrent jusqu’au jour où ils furent rappelés dans leurs départements » (7).

 

En effet, les douaniers étaient militaires par la loi, mais ils n’avaient été mobilisés qu’en raison des circonstances et n’étaient pas franchement reconnus par le gouvernement comme de véritables soldats en dépit de leurs faits d’armes. Aussi, ne bénéficiaient-ils pas des mêmes avantages que l’armée. Le gouvernement prodiguait des effets d’habillement, d’armement, de campement, et d’équipement à tous les corps y compris et surtout aux gardes nationaux, mais oubliait les douaniers qui pourtant avaient usé à la défense de Paris les effets qu’ils avaient payés avec les retenues faites sur leurs maigres appointements.

 

Dans une lettre du 26 juin 1871, adressée au grand chancelier de la légion d’honneur, le commandant TRESCASE du 4éme bataillon douanier de Paris, écrivait non sans arrière pensée : « Nous avons été incorporés dans l’armée par décret du 9 août 1870 et au terme de l’article 8 de l’ordonnance du 31 mai 1831, les bataillons de douaniers faisant partie intégrante de l’armée doivent jouir des mêmes droits, honneurs et récompenses que les corps de troupe qui la composent ».

 

L’officier AF de la garde mobile poursuivait : Le directeur général AME refusait aux officiers, presque tous mariés l’indemnité d’entrée en campagne à laquelle ils avaient droit et que tous les corps y compris mobilisés avaient touchés. Il opposait à leur juste réclamation une fin de non recevoir. En substance il leur répondait ceci : « Qu’ils ne l’auraient pas, et que, si toutefois il était obligé de leur payer cette gratification d’entrée en campagne, il le ferait en nature et non en espèce afin qu’ils n’allassent pas manger dans les cafés. »

 

Et il concluait: monsieur le directeur général ignorait les qualités requises et exigées pour être officier de douane et qu’on n’arrive pas à cette position comme on parvient directeur ou bien inspecteur par la grâce de Dieu et la volonté d’un protecteur bien en Cour…(7)

 

Cependant cette affirmation de l’officier AF, concernant le directeur général des douanes AME paraît sévère et doit être prise avec beaucoup de réserve, car ce dernier est intervenu auprès du gouvernement non seulement en faveur de la perception de l’indemnité d’entrée en campagne des préposés qu’il n’avait pu obtenir, mais aussi à plusieurs reprises pour améliorer la situation de casernement des douaniers mobilisés.

 

En province, les douaniers prirent une part glorieuse à la défense des places de Forbach, de Belfort, Neuf-Brisach, Strasbourg, Bitche, Metz, Thionville, Longwy et Montmédy et dans des escarmouches en dehors des murailles.

 

A Belfort qui résistait depuis plus de quinze jours après la cessation des hostilités, un petit bataillon de douaniers sous la direction de l’inspecteur de Mulhouse ROLLAND, prenait part à des combats acharnés. Le guide SCHEIDER était tué pendant le siège, tandis que le capitaine HUMBERT et le douanier DEBRESSE, périssaient à la sortie de Belfort. Le 16 février, ils partageaient avec le général DENFERT ROCHEREAU, l’honneur de ne capituler que par ordre du gouvernement et de sortir de la ville avec les troupes, musique en tête, drapeaux déployés, et défilaient entre une double haies de Prussiens, qui présentaient les armes.

 

A Neuf-Brisach, trois douaniers furent tués et plusieurs faits prisonniers.

 

A Strasbourg, sur 560 douaniers dont se composait le personnel de la direction, 45O environ ont été mobilisés et ont pris part à la défense de la place. Huit furent tués à l’ennemi, 4 sont décédés pendant le siége, vingt et un furent blessés dans les combats. Le 28 septembre, après la reddition de la place et la capitulation du général BEZAINE, 420 douaniers de la 2éme légion sortaient de la ville en défilant avec le colonel MARCOTTE en tête. Le général ULRICH plein de respect en les voyant, leur faisait rendre les honneurs.

 

Les douaniers prisonniers furent conduits avec le colonel et les commandants, les uns à Coblentz, les autres à Rastadt. Le commandant ASTIER, interné avec 340 douaniers, ouvrit une souscription en faveur de ces prisonniers qui produisit 20 000 francs.

 

A Metz, la 1ére légion des douanes attachée à l’armée du Rhin, composée des 1006 douaniers de la direction, trois quart environ ont été répartis dans les forteresses de Montmédy, Longwy, Thionville et Bitche. Au total, 21 douaniers sont décédés, 5 ont été tués devant l’ennemie, 7 ont été blessés.

 

FRANK et GRANDEMANCHE ont été blessés par des éclats d’obus dans le bombardement de BITCHE.

 

A Longwy la capitainerie réunissait deux compagnies de douaniers, soit 180 officiers et hommes du 1er bataillon (Thionville) de la 1ére légion. Elles étaient mises à la disposition du lieutenant-colonel MASAROLLI. Les douaniers étaient essentiellement chargés de la garde des deux portes de la ville, la porte de Bourgogne et la porte de FRANCE. Mais ils effectuaient aussi des missions de reconnaissance et des patrouilles entre Longwy et Audun-le-Tiche.

 

Devant les incursions de plus en plus en profondeur de Uhlans prussiens, le colonel MASAROLLI, pour dissimuler la faiblesse de la garnison, décida d’organiser une sortie surprise pour impressionner l’ennemi. Les douaniers furent désignés pour mener à bien cette opération. Cette péripétie est relatée ainsi dans l’annuaire des douanes de 1872 :

 

Sous le commandement de DEPREUX, deux compagnies de douaniers ont pris une part honorable à la défense de Longwy et aux combats en avant poste.

 

Ordre du jour décerné le 29 août 1870 :

 

Le lieutenant-colonel commandant supérieur de Longwy était informé qu’un escadron de hussards de la garde royale de Prusse, de 140 chevaux, s’était établi à Audun-le-Tiche, en face d’Esch, frontière du Luxembourg. Cette cavalerie faisait de nombreuses réquisitions et son commandant avait fait garrotter et menaçait de fusiller le maire de Rédange, qui avait montré de l’énergie pour notre cause. Il résolut de punir l’ennemie et de le surprendre par une marche de nuit. Par son ordre, un détachement de 150 hommes dont 111 douaniers, commandé par le capitaine LOSTIE de KHOR sortit secrètement de la place à 11heures du soir le 29 août et se porta par une marche rapide et combinée sur Audun-le-Tiche. Cette petite expédition, bien construite, surprit l’ennemi qui a eu 45 à 50 hussards tués ou blessés, dont le capitaine et le lieutenant tués. Le reste a fui vers le Luxembourg. On lui a fait 7 prisonniers, pris 39 chevaux, ainsi que des voitures, armes et munitions. Notre perte a été de 2 douaniers tués, le sous-lieutenant THOUVENIN et le guide BASTIAN et 4 blessés, le sous brigadier WATTE de deux coups de feu, les guides PETIT, LUZOIR, TABOURET.

 

Se sont particulièrement distingués et ont été félicités par le commandant: ZWIEFFEL lieutenant, ISTACE sous-lieutenant, LAFOND, BRUNVARLET, LAFOLIE, TABOURET, TURNUS, guides. Ce dernier a fait 2 prisonnier à lui tout seul.

 

A Caen, le bataillon mobilisé se composait de 465 douaniers répartis en un bataillon de 5 compagnies sous l’autorité du commandant DE TARRAGON. Les départements de l’Orne et du Calvados étant menacés, le directeur DRAGON DE GOMIECOURT fit appel aux douaniers de la Manche et du Calvados non encore mobilisés. Déployés sur le front de Bernoy, Pont l’Évêque, Lisieux, Serquiny, Falaise, Ecouchet, Jore, Sassy etc, ils n’ont mis bas les armes que dans les premiers jours de mars. Le capitaine LAJEUNESSE de Caen a été décoré de la Légion d’Honneur.

 

Pendant l’invasion on retrouvait les douaniers formés en bataillons mobilisés.

 

A l’armée du Nord, 139 guides de Dunkerque, 140 douaniers de Valenciennes, les douaniers de Lille, étaient au 23éme corps avec le général FAIDHERBE.

 

A l’armée de l’Est en janvier 1871, les douaniers de la région de Besançon guidaient à travers les montagnes du Doubs, dont ils connaissaient tous les sentiers et toutes les gorges, les malheureux soldats de BOURBAKI allant demander l’hospitalité en Suisse.

 

En tout, 897 officiers et 17576 douaniers furent mobilisés dans cette guerre et 51800 fusils furent distribués aux douaniers, forestiers et agents du chemin de fer.

 

 

Sur la frontière, pendant toute la durée du conflit, les douaniers ont poursuivi leur service avec compétence dans la tourmente et la confusion comme en témoignent ces deux dépêches télégraphiques:

 

Jeumont, le 14 septembre 1870,

 

Le sous-inspecteur des douanes.

 

Offre de 4500 chassepots de liège à 100 francs rendus Jeumont, livrables immédiatement 200 ou 300 par jour? . Le gouvernement les veut-il ? Si oui, où et comment les envoyer? Garantie sérieuse. FAUCHEUR

 

 

Dieppe, 19 septembre 1870,

 

Le chef des douanes à monsieur le Ministre de la guerre.

 

Peut-on laisser entrer par Dieppe des revolvers importés par M. KEEV Édouard pour monsieur le Ministre de la guerre, dit-il? Il n’y a pas d’autorisation. Il doit en arriver 500 par jour. Pour éviter tout retard nous en laissons partir 5 caisses sous plomb de douane.

 

Ainsi, tout en poursuivant leur mission, les douaniers furent appelés à de multiples reprises à se joindre aux troupes qui défendaient le territoire national. Les douaniers ont mérité l’estime et l’admiration des généraux qui les ont vus à l’œuvre, même s’ils n’en ont pas été toujours récompensés.

 

Dans chaque bataillon, des douaniers payèrent de leur vie leur attachement à la patrie, d’autres furent blessés au combat avec l’ennemie ou pendant le siège, certains ont été fait prisonniers, de nombreux autres ont été distingués de la légion d’honneur ou de la médaille militaire, pour leur conduite courageuse ( annexe 1 et 2).

 

Le corps militaire des douanes a été réorganisé par les décrets du 22 septembre 1882 pour la FRANCE et 15 mars 1890 pour l’Algérie. Le 14 juillet 1880, un drapeau lui a été confié au même titre qu’aux bataillons de chasseurs à pied.

 

 

Alain Higounet

 


ANNEXE I

 

Douaniers nommés chevaliers de la légion d’honneur (1870-71)

 

Armée de Paris

DE BATSALLE Commandant du 1er bataillon de Paris ( douaniers mobilisés)

DE RANCOURT Cdt du 2éme bataillon

DE CUERS Cdt du 3éme bataillon (Décret du 08 janvier 1871.)

TRESCAZE Cdt du 4éme bataillon (Décret du 25 janvier 1871.)

MAGUE Cdt du 5éme

TURBERT Capitaine 2éme bataillon 5éme cgnie

VOUSELAUD Capitaine 3éme bataillon –1ére cgnie

GRANDIDIER Capitaine 3éme bataillon –2éme cgnie

HELLEU Capitaine 3éme bataillon – 3éme cgnie

DE MERIC Capitaine 3éme bataillon 4éme cgnie

MASSE Capitaine 3éme bataillon5éme cgnie

PREVOST Sous lieutenant du 3éme bataillon 6éme cgnie

 

Défense de Strasbourg

MARCOTTE Colonel

PEYTHIEU Commandant

ASTIER

ALLOT Capitaine

 

Défense de Metz

NARRAT Commandant (Belle conduite lors du bombardement de Bitche)

DEPREU Commandant (Belle conduite pour la défense de Longwy)

LOSTIE DE KHOR

ZWIEFEL Lieutenant

GENIN Capitaine (Bravoure)

LAURENT Lieutenant (Bravoure)

 

Défense de Neuf-Brisach

VERLINGUE chef de bataillon(Décret du 8/8/71)

RAPPART Capitaine

PECHE Sergent

DEUR Sergent (Décret du16/3/72)

MAUVAIS Sergent

 

Défense de Belfort

ROLLAND chef de bataillon

CHODRON Adjudant major

JOBIN Capitaine ( »Décret du 18/4/71 »)

CLAUSSE Agent des bureaux

 

Douaniers non localisés

LAJEUNESSE Capitaine à Caen

FAVROT Capitaine

 

 


ANNEXE II

 

Douaniers décorés de la Médaille militaire

 

Armée de Paris

LEMARCHAND Sergent 2éme bataillon –5éme cgnie

BACQUA Caporal 2éme bataillon -6éme cgnie Décret du 25 janvier 1871

HEISLER Sergent 3éme bataillon –2éme cgnie

SALIOU Sergent 3éme bataillon –2éme cgnie

CROATIER Sergent 3éme bataillon –2éme cgnie

COIRIER Sergent 3éme bataillon –2éme cgnie Décret du 7 janvier 1871.

LEHERISSE Caporal 3éme bataillon –2éme cgnie

LECLERC 3éme bataillon –4éme cgnie

CARIER 3éme bataillon –5éme cgnie

LOIZEAU 3éme bataillon –5éme cgnie

FEVRIER Sergent 4éme bataillon – 3éme cgnie

VERGE Sergent 4éme bataillon –4éme cgnie Décret du 25 janvier 1871

DON Caporal 4éme bataillon –4éme cgnie

CAILLOT Sergent fourrier 5éme bataillon –2éme cgnie

RAUT Sergent 5éme bataillon –6éme cgnie

PINEAU Caporal 5éme bataillon –1ére cgnie

ROLLIN Guide 5éme bataillon –2éme cgnie

DESPOUY Sergent major 5éme bataillon –5éme cgnie

 

Défense de Metz

MENETRIER

PEZET

PHILIPPE

WILHELM

DROUT

CHARTIER

KUCH

BESSONPIERRE

LEJUST

FRANK

RINK

MICHEL

GRANDMANCHE

PORTA

LAFOND

MACHIAS

WALLE

TABOURET

 

Défense de Strasbourg

OHRU (sergent)

BALL (sergent)

DUDOT (sergent)

DOLICH (caporal)

BASSONNER (guide)

 

Défense de Neuf-Brisach

LUTIQUE (sergent)8 août 1871

ROBERT (sergent)

GILLIOTTE (caporal)

LOISEAU

MASSON

 

Douaniers non localisés

ROMENGAS (Sous-officier)

GRILLON

LUTIGNE

GAY

THOUVENIN

RICORD

BOSQUA (Caporal)

BOSSER

VALLENE (Guide)

MENDIOUDE

MEUNIER

PAQUETTE

 


BIBLIOGRAPHIE :
1) Centre historique des archives de l’armée de terre : XK31, XK53 et LI Armée de Paris,
2) Claude PELERIN – De la mer Baltique et de la Poméranie aux bords de l’Elbe et du Wéser. (Cahier n°22)
3) Jean CLINQUART – L’administration des douanes de la révolution de 1848 à la commune.
4) Bibliothèque historique. Ouvrage rédigé par l’État major de l’armée : R. CHAPELOT « La guerre de 1870-1871 ».
5) E.LEPINE – Recueil des douaniers mobilisés (1870-1871) Bibliothèque Mitterrand.
6) Gérard ARBOIT – Du rôle militaire des douaniers pendant la guerre de 1870. (Cahiers n°22)
7) A.F – Officier de la garde mobile –Nécessité de la réorganisation militaire des douanes en France (1872) Bibliothèque Thiers
8) Collection documents A. HIGOUNET
(*) La carte postale intitulée « A la gloire des douaniers », figurant au début de l’article, comporte un cachet postal de 1899 (NDLR 2020):

 

 

 


 

Cahiers d’histoire des douanes et des droits indirects

 

 

N° 41 – 2e semestre 2009

 

 

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