Association pour l’Histoire de l’Administration des Douanes

Arthur Rimbaud et le « poème du douanier»

Mis en ligne le 3 mai 2020

Dans son ouvrage « la douane et les douaniers », Jean Clinquart, évoquant (p. 269) l’image de la profession, cite le poème d’A. Rimbaud consacré aux douaniers. L’année 2004 a été celle du 150ème anniversaire de la naissance du poète et son évocation, ici ou là, a réveillé ma curiosité par rapport à ce poème. J’ai donc entrepris quelques recherches sur le sujet pour aboutir à cet article. Je remercie au passage nos collègues de la division de Charleville qui m’ont apporté une aide précieuse.


 

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Arthur RIMBAUD a passé son enfance et son adolescence aux environs et à Charleville-Mézières même de 1854 à 1871. Au cours de son enfance et de sa scolarité au collège de Charleville, où il entre en 1865, Arthur Rimbaud apprécie la campagne environnante, et très tôt, la parcourt abondamment en pratiquant assidûment l’école buissonnière.Son ami de l’époque, Delahaye, raconte dans ses souvenirs familiers comment il rejoignait Rimbaudpour aller dans le bois de la Havetière déclamer du Théophile Gautier, du Banville, voire du Verlaine.

 

 

« D’autres fois, ils s’aventuraient vers la colline d’Aiglemont pour contempler la Meuse. Certains jours, quand ils disposaient de quarante ou cinquante centimes, ils s’offraient un voyage à l’étranger. Ils se rendaient ainsi, par La Granville ou par Saint Laurent et Gernelle, aux baraques de Pussemange en franchissant allègrement les quelque lieues les séparant de la frontière belge. Aux baraques, ils acquéraient deux paquets de tabac de la « Manufacture de Thomas Philippe » de cent grammes chacun, pour la somme de trois sous, ce qui payait le voyage.

 

Au retour, tous les cinquante mètres, ils chantonnaient « Attention, voici les gabelous.. ». Ces derniers ne manquaient pas d’apparaître, au milieu des fourrés, sur les talons et devant les deux amis et questionnaient :  » Messieurs, beau temps pour la promenade… Vous n’avez pas de tabac, café, chicorée, poudre de chasse?… ». Les deux amis montraient les deux paquets entamés et dans ces conditions n’étaient pas en fraude. Le douanier, méfiant, palpait les deux promeneurs. »Cette palpation rendait très nerveux Rimbaud qui le mentionne ainsi dans le poème: «  enfer aux délinquants que sa paume a frôlés ». Et puis, c’était le retour vers Charleville.

 

La scène décrite ci-dessus se déroule dans le massif forestier de Gespunsart que notre collègue Beaufrère a évoqué dans un « Cahier d’histoire ». Ce village occupait une position stratégique dans la guerre du tabac et du café vert.

 

Les douaniers, dotés de molosses pour intercepter la contrebande par chien, surveillaient toute cette zone et en cas de capture coupaient la patte du chien pour obtenir la prime prévue. Rimbaud, ici encore, évoque ses souvenirs des douaniers dans son poème : « ils s’en vont amenant leurs
dogues à l’attache ».

 

Le poème a été écrit durant l’été 1871 et a longtemps été perdu puis enfin retrouvé. Après leur rencontre à Paris en 1871, Rimbaud et Verlaine retournent en juillet 1872 dans les Ardennes. Verlaine recherché par la police en tant que Communard doit fuir. Il est décidé de quitter Charleville en pleine nuit pour se rendre en Belgique (quatre lieues) par Gespunsart. Le franchissement sans encombre de la frontière se fit vraisemblablement grâce à la connaissance des routes de contrebandiers d’Arthur Rimbaud.

 

Roland Giroire

 


Note: Le musée Rimbaud situé à Charleville Mézières, et la route Rimbaud-Verlaine réalisée par le Conseil Général des Ardennes permettent de retracer ces pérégrinations et l’oeuvre des deux poètes.

(*) Reproduction du poème de Rimbaud illustré d’une carte postale.


 

Cahiers d’histoire des douanes et droits indirects

 

N° 31- 1er semestre 2005

 

 

 

 

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