Association pour l’Histoire de l’Administration des Douanes

Poème: « Le chemin des douaniers » par G.F.

Mis en ligne le 1 juillet 2023

 

 


C’est une promenade que l’on refait cent fois :
Après le terminus au bout du Mourillon
On descend vers la côte bordée de gravillon,
On suit le bord de mer où l’on foule parfois
Un épais matelas fait d’algues desséchées
Apportées chaque hiver par les lames fâchées.
Puis on grimpe une côte taillée dans un rocher
On suit l’étroit sentier… Comme il fait bon marcher
Dans l’entaille des falaises abruptes et sinueuses,
D’où l’on peut surplomber maintes criques ombreuses.
On monte et l’on descend au gré de la Nature
Car le chemin s’accroche comme il peut en bordure.
En certains points les pluies faisant des avalanches
Ont rompu le chemin : on y a mis des planches !
Parfois il faut descendre des marches tourmentées
Puis on remonte ensuite des pentes escarpées.
Mais à chaque tournant la vue est merveilleuse.
De sauvages cactées, sur les parois rocheuses,
Habillent de verdure les âpretés rugueuses
Mélangent des tons vifs jusqu’à l’eau écumeuse
Qui joue dans les galets en sautant par dessus
Mille petits rochers bruns ou verts tout moussus.
Au flanc des éboulis des tamaris hardis
Tiennent en équilibre et tendent vers le soleil
Un torse écaillé gris tacheté de vermeil,
Bénissant d’une branche les fonds attiédis.
Peu à peu sans penser au Cap-Brun l’on arrive,
Dont la roche grisée, que l’anse bleue avive,
Se dresse vers le large en surveillant la Passe
Et supportant les ruines. de la Batterie Basse,
La sente s’élargit et devient une route.
On passe la poterne de la vieille redoute.
A gauche d’un terre-plein deux calanques profondes
Ont des parois à pic se perdant dans les ondes.
Là, devant, c’est Méjean étalant son croissant
Dont le centre se dore à l’astre éblouissant.
A l’extrémité proche, posées en escalier,
Des maisons colorées font un riant damier ;
Tandis qu’à l’autre bout, au pied d’un monticule,
Ressemblant à un jouet, est un port minuscule.
Pour l’atteindre on reprend un tout petit sentier
Qui est accidenté tout comme le premier,
Avec éboulements et mêmes escalades
Et des arbres tordus aux branches en cascades. 
Mais ici pas de criques, l’anse n’est qu’une grève
Où la mer abritée mollement se soulève.
La piste rocailleuse serpente, tailladée,
Pour aboutir au bas d’une voie goudronnée,
Montant raide et pour ça faisant plus d’un lacet
En menant à la route qui conduit au Pradet.
Avant de la monter en faisant quelques pas
On peut voir Port-Magaud en léger contre-bas :
L’anse en est plus petite et du Mistral s’abrite
Sous de grands pins prenant la terre qui s’effrite.
Au fond, Giens découpe, en l’azur lumineux,
Ses trois dômes foncés au contour vallonneux.
Et l’on revient en ville, un peu las, mais grisé
De toutes ces beautés : du flot tout irisé,
De soleil, des senteurs de la mer, de l’air pur,
De l’ardente lumière et du grand ciel d’azur.
Ne soyez pas maussades, Toulonnais mes amis,
Vous avez de la chance d’habiter ce pays !
Vous avez le ciel bleu, le soleil et la mer
Et vous osez parfois être un peu trop amer ?
Vous avez le beau temps, vous avez le Faron
Et mille coins charmants tout autour de Toulon.
Parmi ces jolis sites vous avez les premiers
Le bonheur de longer le chemin des Douaniers.


G. F.  
27 février 1953

 

Extrait du « Bulletin de la Marine » (Décembre 1960)

 

 


 

Journal de Formation professionnelle

 

N° 98

 

Mars-avril 1961

 


 

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