Bordeaux : un pont, des barrières et des octrois
La Ville de Bordeaux réalise au cours de l’été 2025 d’importants travaux de rénovation de son pont de pierre, classé Monument historique depuis 2002. C’est l’occasion de rappeler son histoire et avec elle celle des barrières et des octrois qui rythmaient les entrées de la ville.
Le pont de pierre

Carte postale 1907 Bordeaux Vue du Pont de Pierre depuis la Flèche st Michel : les octrois sont visibles
La ville de Bordeaux n’a été dotée que relativement tardivement d’un pont pour franchir la Garonne. A cela plusieurs explications : d’une part le commerce bordelais s’opposait à un pont qui eût condamné la partie du port de la Lune située en amont de l’ouvrage et en particulier les chantiers navals. D’autre part la largeur du fleuve qui mesure presque 500 mètres !
C’est finalement au début du 19e siècle que la décision de construire un franchissement est prise et mise en œuvre, suite au passage de Napoléon 1er dont les troupes se rendant en Espagne durent traverser le fleuve par bateau. Construit entre 1810 et 1822, il est long de 486 mètres et doté de 17 arches construites sur 16 piles. Il a été ouvert à la circulation le 1er mai 1822.

Tarif du péage du Pont de Pierre, avril 1818
Le financement de l’ouvrage, à hauteur de 6,5 millions de francs fut mixte. En 1818 le négociant bordelais Pierre Balguerie-Stuttenberg créa la Compagnie du pont de Bordeaux pour lever les financements privés nécessaires à l’achèvement des travaux, pour un montant de 2 millions de francs. En contrepartie, la Compagnie bénéficie d’un droit de péage. Pour cela, des bâtiments d’octroi sont construits de part et d’autre du pont. Ainsi, pour traverser le pont, les voyageurs doivent payer une somme dépendante de leur mode de transport. Les piétons doivent s’acquitter de 5 centimes, tandis que les cavaliers accompagnés de leur cheval doivent dépenser 35 centimes.
Le péage dura jusqu’en 1861. Le droit de passage du pont sera racheté par la municipalité en 1863 qui y fit alors prélever l’octroi pour les marchandises venant de la rive droite. Ces bureaux furent désaffectés en 1927 lors de la suppression de l’octroi par la ville, puis rasés en 1954, lors de travaux d’élargissement du pont qui passe de 14,8 à 19 mètres.
Les barrières

Octroi de la barrière du Médoc (Google juin 2012)
Bordeaux a l’originalité d’appeler ses « portes » des « barrières ». En effet, lors de l’élargissement de la ville dans la seconde moitié du 19e siècle, les « portes » de la vielle ville existent toujours, il faut donc trouver un nom pour la nouvelle ceinture qui est créée avec la création des boulevards. On choisit donc le nom de « barrières » qui se nommeront comme les routes qui débouchent sur elles : barrière de Toulouse, barrière du Médoc…
C’est tout naturellement au niveau de ces barrières que sont mis en place les bureaux d’octrois. Dans son livre « Les rues de Bordeaux », paru en 2008, Annick Descas en dénombre pas moins de dix-sept tout le long des boulevards mais aussi sur des avenues ou à la gare.
L’octroi à Bordeaux

Octroi de la barrière de Toulouse (Google 2024)
L’octroi de Bordeaux est un système fiscal hérité de l’Ancien Régime depuis le Moyen-Age. Malgré le décret du 19 février 1791 dans lequel l’Assemblée nationale supprimait l’octroi, la ville de Bordeaux obtient le 12 mai 1799 le rétablissement d’un octroi municipal et de bienfaisance en raison de son endettement, avec la limite que les tarifs de l’octroi ne pouvaient soumettre aux droits que les objets destinés à la consommation des habitants de Bordeaux.
Cet impôt est très impopulaire En 1814 et 1830, de bureaux sont incendiés et les agressions des agents de l’octroi sévèrement réprimées. L’octroi fait l’objet de nombreuses demandes de suppression mais l’importance qu’il a dans le financement de la municipalité en fait une source dont il est difficile de se passer. En 1892, les recettes de l’octroi fournissent en effet presque la moitié des ressources de Bordeaux.
En 1845, le maire de Bordeaux et son conseil municipal adressent une pétition aux ministres de l’Intérieur et des Finances pour que le Trésor public ne perçoive plus le dixième de l’octroi, établi en 1816. Il est supprimé en 1852.

Octroi de la barrière St Genès (Google 2025)
La fraude importante facilitée par les nombreux marécages qui entouraient la ville, le développement du tramway et des banlieues urbaines nuisent à la correcte perception des taxes et conduiront à la suppression de l’octroi à Bordeaux en 1928, ce qui en fait l’une des dernières villes françaises à le faire.
La direction de l’octroi se trouvait à l’hôtel de Raguenau (XVIIe siècle), rue du Loup depuis 1847. Ce service municipal emploiera jusqu’à 170 personnes. Suite à la suppression de l’octroi en 1928, l’hôtel Raguenau abrita les Archives municipales depuis 1939 jusqu’à leur déménagement en 2016.
On peut encore voir de nos jours les bâtiments d’octroi qui ont subsisté Barrière de Toulouse, Barrière Saint-Genes conçues en 1867 par Charles Burguet, et Barrière du Médoc.
Renata Pstrag
Sources et références :
Article complet avec nombreuses photos d’archives : https://www.sudouest.fr/gironde/bordeaux/le-saviez-vous-autrefois-pour-passer-le-pont-de-pierre-a-bordeaux-il-fallait-payer
https://www.sudouest.fr/bordeaux-la-grande-histoire-du-pont-de-pierre
Bordeaux – Octrois et barrières, Francis Baudy, Jacques Clémens, Editions Sutton, Collection : Petits MeI, Date de publication : 2015-09-01
https://excerpts.numilog.com/books/9782813807120.pdf
Informations sur les travaux du pont de pierre :
https://www.bordeaux-metropole.fr/metropole/projets-en-cours/deplacements-infrastructures/franchissements-garonne/pont-pierre